Archive pour la catĂ©gorie ‘RĂ©flexions’

#hadopi : expliquons aux désemparés : La technologie est un écosystème

Mercredi 6 mai 2009

Le Parlement EuropĂ©en encore une fois vient de ventiler façon puzzle le parefeu openoffice de la Ministre de la Culture ! AnĂ©fĂ©, avec 407 voix pour, 57 contre, et 171 abtentions, l’amendement Bono vient d’ĂŞtre revotĂ©, sous sa forme originelle, donc s’imposant aux Etats membres. Bien sĂ»r, Ă©videmment, ce n’est pas fini, ça va repasser au Conseil, on Ă©voque dĂ©jĂ  l’entĂŞtement plus que probable du prĂ©sident français et de son gouvernement, prĂŞt Ă  repousser plusieurs mois le Paquet Telecom, une nouvelle fois, juste pour ce seul article mettant l’Hadopi Ă  terre, hors cadre lĂ©gal europĂ©en autorisĂ©…

Il est temps à ce point de la saga Hadopi, de prendre un peu de recul, proposer à ses acharnés partisans des éléments qui leur permettent enfin de comprendre.

- Car, s’il faut rendre grâce Ă  ses tĂŞtus producteurs sur un point : cette saga est bien meilleure que la saga DADVSI, les ressorts dramatiques, les trucages et effets spĂ©ciaux, les effets de bord, juridiques, europĂ©ens, mĂ©diatiques, d’une intensitĂ© et d’un suspense suscitant un dĂ©bat bien plus large ; on ne peut s’empĂŞcher, en fin de compte, d’ĂŞtre touchĂ©s et Ă©mus par leur incomprĂ©hension si profonde, leur dĂ©sarroi si ravageur -.

Permettre Ă  ces dĂ©semparĂ©s de comprendre, c’est Ă  ce travail de fond que s’attelle Fabrice Epelboin, qui continue sur owni le travail entamĂ© sur fr.readwriteweb, publiant aujourd’hui un très bel et long essai d’explication Ă  l’usage de ces Ă©lites paniquĂ©es, politiques, industriels et artistes arc-boutĂ©s sur des positions vouĂ©es Ă  l’Ă©chec et Ă  la ruine : « La technologie est un Ă©cosystème, respectons la » .

wordcloud personnalisé La technologie est un écosystème

Il propose un bilan d’Ă©tape, retraçant pourquoi le combat des arguments techniques, juridiques, maintenant largement mĂ©diatisĂ©, est perdu pour les tenants de cette loi. Ne reste, dit-il, qu’une rage, j’irais jusqu’Ă  dire une folie se dĂ©vorant elle-mĂŞme dans la dĂ©fense dĂ©sespĂ©rĂ©e, aigrie, de positions qui se croyaient acquises.
« Cette rage, nous dit Epelboin, est liĂ©e Ă  deux choses : la peur du changement et l’ignorance de ce Ă  quoi ils font face » : qu’internet, le monde numĂ©rique est un Ă©cosystème au sein duquel technologies et usages sont intrinsèquement liĂ©s, interdĂ©pendants, se nourrissant les uns des autres. Que la production, l’Ă©change, l’incessante crĂ©ation modification et recrĂ©ation contributives d’oeuvres et documents, et leur dissĂ©mination libre au sein de cet Ă©cosystème, sont un trait constituant de la culture, dĂ©sormais.
« Sans ĂŞtre encore un moteur essentiel de la culture du XXIe siècle, cette dynamique culturelle est en place, et ne peut s’arrĂŞter d’une façon oĂą d’une autre. Elle peut, au pire, devenir clandestine. Le temps pour elle de tout renverser par une rupture violente dont nos sociĂ©tĂ©s raffolent. »

Il faut aller au delĂ  des argumentations techniques, des explications simples de tel ou tel point : il faut faire comprendre « LA technologie ». Que c’est un Ă©cosystème, que l’on ne peut intervenir dessus sans en respecter les règles : « Si une contrainte est posĂ©e dans un Ă©cosystème, celui-ci rĂ©agit et s’y adapte », pose Epelboin : c’est Ă  peu de nuances près la mĂŞme chose qu’exprimait John Gilmore, co-fondateur de l’Electronic Frontier Foundation, en 1993 : « L’Internet interprète la censure comme un dommage et la contourne » (« The Net interprets censorship as damage and routes around it »). Ceci est une constante constitutive du net, qu’aucune tentative de contrarier, fĂ»t-elle massive et violente, ne parviendra Ă  rĂ©duire.
Gilmore commente aujourd’hui sa fameuse formule, dont le sens et la rĂ©ception ont Ă©voluĂ© au fil des annĂ©es : « Si vous considĂ©rez maintenant que le Net est composĂ© non pas seulement de cables et de machines, mais aussi des personnes et des structures sociales qui utilisent ces machines, (cette phrase) est plus vraie que jamais » (« the people and their social structures who use the machines » : on a envie de traduire social structures par rĂ©seaux sociaux, mais c’est plus large).

Il faut expliquer cela Ă  Pierre Arditi, Ă  Juliette GrĂ©co (que si HĂ©raclite, qu’ils citent dans leur cri de dĂ©sarroi, nous enseigne : « le Peuple doit combattre pour ses lois comme pour ses murailles », il nous transmit aussi que « Les hommes Ă©veillĂ©s habitent le mĂŞme monde », ce monde Ă©tant ce qu’il est selon son Ă©volution, il nous incombe de rester Ă©veillĂ©s, il incombe au peuple d’exercer sa conscience et sa luciditĂ© pour ne pas se tromper de combat, et dĂ©fendre des lois caduques ou charger contre des moulins Ă  vent),
il faut expliquer Ă  Jean-Claude Carrière (perdu lui aussi, Francis Lalanne et Joseph Paris pourtant lui expliquaient fort clairement hier soir, que « le libre accès Ă  la connaissance et Ă  la culture » est une donnĂ©e de fait et un bien de haute nĂ©cessitĂ©, que « l’oeuvre a une valeur, mais elle n’a pas forcĂ©mment la valeur que la sociĂ©tĂ© de consommation dĂ©cide qu’elle a »),
il faut expliquer Ă  Alain Finkelkraut (Ă©bahi de dĂ©couvrir que des règles existent et sont appliquĂ©es dans cet internet qu’il croyait une jungle sans rĂ©mission, une poubelle, au point qu’il ne va plus discuter dans les cafĂ©s, de crainte qu’on le filme avec un mobile et de retrouver sans pouvoir rien y faire la video sur cet internet poubelle, fou, barbare), il faut leur expliquer tout cela.

On ne combat pas l’ocĂ©an, on ne combat pas la vitesse de la lumière, on ne parvient pas, armĂ© de sa seule peur et ses crispations, on travaille Ă  crĂ©er et amĂ©nager les conditions d’une vie bonne, et d’un partage, attentif Ă  ce qui vient : « Coupez l’alimentation en Ă©nergie d’une machine, et elle cessera de fonctionner. Coupez le lit d’une rivière, vous observerez quelque chose de radicalement diffĂ©rent. » Peut-ĂŞtre, sĂ»rement, que l’homme est capable d’Ă©voluer, de s’adapter… Comprendre le monde qu’il habite peut l’y aider.

Bonus, suggestion de lecture :
Un roman manifeste cela Ă  plusieurs titres, Le fantĂ´me de l’Internet, par Pangloss : c’est une enquĂŞte fantastique Ă  la poursuite du fantĂ´me qui hante l’ordinateur de la ministre de la loi CrĂ©ation sur Internet, le chapitre final s’intitule « tsunami sur Hadopi » ; il est publiĂ© sur InLibroVeritas, sous licence de libre diffusion CC by-nc-nd : vous pouvez le dĂ©couvrir, le copier, le dissĂ©miner, le partager en toute libertĂ©.

Questions et réflexions autour des musiques libres.

Jeudi 9 avril 2009

Notre collègue et ami Christophe E nous a communiquĂ© cette tribune, dans laquelle il livre son sentiment sur la musique libre, sans fard, sans tambour ni trompettes ! Oyez oyez bonnes gens, c’est du lourd :-)

*Ce texte a été écrit hier, légèrement modifié avant sa publication, suite à une bonne nouvelle survenue ce midi.

Toutefois, j’ai souhaitĂ© maintenir sa publication parce qu’il tente d’effectuer une humble mise en perspective, dont la loi Hadopi n’est qu’un des paramètres, et je reste persuadĂ© que cette joyeuse pĂ©ripĂ©tie n’est malheureusement que temporaire, Ă  moins que… On peut toujours espĂ©rer.

Dans un contexte post Hadopien rĂ©cent, et son dĂ©nouement heureux*, la mise en concurrence des sociĂ©tĂ©s d’auteurs au niveau europĂ©en, l’expĂ©rience Buma / Stemra, l’Ă©volution prĂ©visible du consortium CC, il me semblait important de prĂ©senter un point de vue lĂ©gèrement dĂ©calĂ© au regard des diffĂ©rent textes, interventions, prises de positions que l’on lit/entend autour des cultures libres ces derniers mois.

En effet, une sorte d’Ă©tat des lieux de la musique libre en raison des divergences qui semblent poindre entre certains acteurs me trotte dans l’esprit depuis quelques semaines,

notamment Ă  la suite de la publication sur Numerama de la tribune « Ni SACEM ni Jamendo » par Libre Accès, les discussions qui s’en sont suivies, ainsi qu’Ă  la suite des dĂ©bats dĂ©plorables et criants d’incompĂ©tence (une fois de plus, pour ceux qui ont suivi en son temps Dadvsi) qui se sont tenus au sein de l’hĂ©micycle, lors des discussions autour de l’HADOPI, et qui se sont bien terminĂ©s fort heureusement, puisque cela laissera peut-ĂŞtre le temps de la rĂ©flexion avant la prochaine « urgence » sur le sujet.

Du fantasme à la cruelle réalité (ou, comment confondre espérance de rémunération et outil juridique) :

Pour commencer, une petite rĂ©flexion concernant les tentatives d’assimilation/intĂ©gration des licences Creative Commons avec clause NC (non commercial) dans le système de collecte et de rĂ©partition des SPRD.

Premier constat:

- Les licences ouvertes (ou libres) relèvent de la gestion individuelle des droits d’auteurs au regard du CPI.

- Les sociĂ©tĂ©s de collecte et de rĂ©partition des droits d’auteurs, relèvent de la gestion collective au regard du CPI.

Certains artistes/groupes, labels, acteurs du libre, verraient d’un bon Ĺ“il que les SPRD prennent en compte et acceptent de s’occuper de la collecte et la rĂ©partition des droits sur la diffusion des Ĺ“uvres sous licence CC nc, afin, par exemple de rĂ©munĂ©rer les passages en radio de ces Ĺ“uvres, passages tĂ©lĂ© et autres.

Cela sous-entendrait que les SPRD ouvrent leur catalogue Ă  des Ĺ“uvres sous licence ouverte et proposeraient alors un mode de gestion « au titre »,

ce qui n’est par ailleurs pas la position de la SACEM par exemple actuellement.

On a l’exemple illustrant cette tendance avec l’ouverture aux « NC » dans le cadre de l’expĂ©rimentation Burna/stemra en cours actuellement.

Maintenant, cette tendance me pose un problème :

En admettant que la SACEM accepte de prendre en charge la collecte et la répartition des droits de diffusion sur les titres NC des artistes qui le souhaiteraient.

Cela voudrait dire que toutes les diffusions par des radios dites commerciales devraient être rémunérées par versement de droits.

Mais aussi et cela me paraît juste, que toutes les diffusions sur des sites internet à caractère commercial (rémunération par la publicité par exemple) devraient logiquement être rémunérées par versements de droits.

Et nous arrivons-là vers la première contradiction de ce modèle.

- Une radio est un point de diffusion hertzien.

- Un site internet est un point de diffusion câblé.

Pourquoi ces artistes qui veulent rejoindre la gestion collective tout en restant en gestion individuelle (encore une contradiction) demanderaient des rémunérations sur les passages radio et pas sur les multiples sites internet commerciaux où leurs titres sont en téléchargement légal ?

On me rĂ©torquera que sur un site comme Jamendo par exemple, certes, il y a de la pub, certes, ils ont un modèle de nĂ©goce avec des annonceurs mais ils font « signer » un « disclaimer » ou une dĂ©rogation Ă  la clause NC.

Sur le papier, ça peut sembler tenir la route, mais cela induirait implicitement que la sociĂ©tĂ© de gestion collective en charge de la collecte et de la rĂ©partition devrait percevoir des droits sur une radio commerciale, et laisser diffuser sur un site commercial parce que l’auteur a signĂ© au titre de la gestion individuelle une dĂ©rogation Ă  la clause NC.

On ne parle donc plus de la difficultĂ© de gĂ©rer « au titre » et « Ă  la diffusion » mais de gĂ©rer aussi les exceptions contractuelles envers les tiers, inhĂ©rentes Ă  la gestion individuelle.

Il me semble que ce modèle est injuste pour les diffuseurs, difficile Ă  mettre en Ĺ“uvre, contradictoire au regard de la sĂ©paration des modes de gestion des droits d’auteurs,

et au passage je souhaite bien du courage Ă  ceux qui auront un jour Ă  concilier tout cela…

La gestion individuelle doit rester dans le cadre de sa portée juridique et ne doit en aucun cas être en partie traitée comme exception périphérique de la gestion collective.

MĂŞme si cette porte ouverte permettrait Ă  quelques-uns une « espĂ©rance de rĂ©munĂ©ration » (et on peut se demander sur quelles bases financières, quels calculs, quelles mĂ©thodes),

elle ne concernerait qu’une infime part des Ĺ“uvres diffusĂ©es et le volume de droits traitĂ©s serait extrĂŞmement minime au regard de l’ensemble des droits perçus et redistribuĂ©s par la gestion collective tout en demandant une mise en Ĺ“uvre extrĂŞmement coĂ»teuse pour les sociĂ©tĂ©s de gestion.

Et en plus, que penser de cette exclusion « de fait » des artistes publiant sous licence libre qui n’auraient pas utilisĂ© une clause NC ou dont les Ĺ“uvres seraient sous LAL,

c’est une limite discriminatoire qui ferait porter Ă  la NC, dĂ©jĂ  bien controversĂ©e, une valeur d’exception alors qu’elle est une licence des plus utilisĂ©es (souvent sans en comprendre la portĂ©e rĂ©elle).

Les dĂ©fenseurs et porteurs de cette idĂ©e ont souvent pour argument que l’on ne peut pas rester au RMI et faire de la musique, qu’il faut trouver des moyens de rĂ©munĂ©ration et que cette solution peut en procurer.

Pourquoi pas, mais je tiens tout de mĂŞme Ă  exprimer les points suivants :

- Le système de rĂ©partition de la SACEM ne permet pas Ă  tous les auteurs de toucher de l’argent et de payer leur loyer, mais Ă  une minoritĂ© au regard des quotas de rĂ©partition et du nombre total de sociĂ©taires.

A quel titre serait-ce différent si les clauses NC sont incluses dans ce système ?

- Le fait que pour 400 000 artistes qui produisent des œuvres, seuls quelques uns trouveront un public et pourront, dans une certaine mesure, dégager une valeur économique autour de leurs œuvres et de leurs prestations, est la seule réalité.

- Par ailleurs, il se peut que des Ĺ“uvres « ignorĂ©es » Ă  un instant « T » trouvent un public sensible quelques annĂ©es plus tard, et ce n’est pas une question d’exposition mĂ©diatique (mĂŞme si cela joue indĂ©niablement dans le système industriel) mais bien une question de rĂ©sonance de ces Ĺ“uvres envers une sensibilitĂ© commune.

Vient ensuite le problème lié aux sommes perçues par les sociétés de gestion collectives au titre des redevances (passages en radio, forfait salles concerts) qui, effectivement ne sont pas redistribués aux artistes dont les œuvres sont sous licences ouvertes,

puisque naturellement ils n’ont pas adhĂ©rĂ© aux statuts de la SACEM et ne peuvent donc pas prĂ©tendre Ă  percevoir des droits.

Cela est parfaitement injuste mais il n’existe pas en l’Ă©tat actuel de solutions pour rĂ©partir ces forfaits.

Je retournerais la question :

Pourquoi les Radios et les Salles de concert payent quelque chose Ă  la SACEM quand elle passent de la musique libre ou produisent un artiste/groupe libre en concert ?

Le coup du forfait devient une forfaiture, certainement efficace Ă  l’Ă©poque oĂą les licences ouvertes n’existaient pas, mais qui doit ĂŞtre remis en question Ă  prĂ©sent.

Une identification commune standardisĂ©e et officielle des contenus diffusĂ©s et produits sur le spectacle vivant permettrait d’une part d’Ă©viter ce problème, et d’autre part suivant les contrats effectuĂ©s au titre de la gestion individuelle entre les artistes et les radios ou les salles de spectacle, la perception se ferait directement.

La réflexion peut être la même concernant la taxe sur les supports numériques et bien entendu sur la fameuse licence globale ou forfait, qui non seulement permettrait de noyer les cultures libres en leur supprimant leur spécificité légale sur les droits de reproduction mécanique.

Spécificité qui reste à ce jour la seule valeur de différence notoire comparativement aux œuvres numériques relevant de la gestion collective dans le cadre de la diffusion sur internet.

C’est en ce sens que nous devrions Ĺ“uvrer auprès de la SACEM (et des autres SPRD), du ministère de la culture, vers une reconnaissance pleine et entière des cultures libres

et de la gestion individuelle plutĂ´t que d’imaginer des statuts hybrides incompatibles avec la rĂ©alitĂ© des usages et les immobilismes institutionnels.

De la crĂ©ation d’un syndicat d’auteurs du « libre » (ou comment continuer Ă  confondre…)

Autre idée qui fait son chemin depuis quelques temps :

La crĂ©ation d’un syndicat d’auteurs du libre, permettrait en thĂ©orie de jouer ce rĂ´le de collecte et de rĂ©partition (Ă  l’image des SPRD de la gestion collective) et donc,

dans le monde merveilleux du nouvel ordre des licences ouvertes, gèrerait les multiples contrats inhĂ©rents Ă  l’exercice de la gestion individuelle et ferait de la rĂ©partition sur les droits de diffusion et droits voisins.

Ma première rĂ©flexion fut que ce n’Ă©tait pas une mauvaise idĂ©e, dans le sens oĂą nombre d’artistes/groupes ne savent pas vraiment comment gĂ©rer leurs droits et les contrats avec les tiers (producteurs, tourneurs, Ă©diteurs, labels, diffuseurs) qu’ils se doivent d’assumer dès lors qu’ils optent pour la gestion individuelle.

Mais en dĂ©finitive, il s’agit de crĂ©er une sociĂ©tĂ© gestion collective pour des crĂ©ateurs ayant optĂ© pour la gestion individuelle et donc de fait adhĂ©rĂ© Ă  un système on ne peut plus libĂ©ral et individualiste oĂą l’auteur est le seul maĂ®tre de sa gestion et du devenir de ses Ĺ“uvres.

C’est encore un contre-sens.

L’auteur est bel et bien le responsable de ce qu’il advient de ses Ĺ“uvres et il doit l’assumer ou changer de mode de gestion.

C’est bien de pouvoir dissĂ©miner ses Ĺ“uvres sur le net, mais c’est pas bien de devoir gĂ©rer ses droits et ses contrats avec les tiers … Bienvenue dans la rĂ©alitĂ©.

Par ailleurs, l’infrastructure, la logistique, les moyens financiers permettant de monter une sociĂ©tĂ© de gestion, la mise en place d’un système de collecte et de rĂ©partition, la mise en place du système dĂ©claratif pour des diffuseurs….

Tout ceci demande des moyens financiers, humains et temporels qui sont au delĂ  de ce que peut faire « le libre » dans sa plus grande diversitĂ©, hormis sur deux modèles hybrides qui se font passer pour des sociĂ©tĂ©s d’auteurs par stricte opposition Ă  la SACEM (comme si cette posture Ă©tait le seul moyen de reconnaissance), mais qui en rĂ©alitĂ© ont la volontĂ© de faire un business plus que de jouer le vrai rĂ´le d’une sociĂ©tĂ© d’auteur…

Et finalement … il existe une sociĂ©tĂ© d’auteurs qui fait ça depuis 150 ans, qui le fait pas trop mal au regard d’autres systèmes collectifs, et qui, malgrĂ© nombre dĂ©fauts notamment sur le mode de calcul de la rĂ©partition bien discutable Ă  plusieurs Ă©gards, fait son chemin.

C’est tout simplement la SACEM.

Pourquoi vouloir réinventer la roue?

Amis artistes du « libre » si vous voulez toucher des droits sur la diffusion de vos Ĺ“uvres sans avoir Ă  gĂ©rer directement les diffuseurs, adhĂ©rez Ă  la SACEM, c’est bien plus simple.

En conclusion, opter pour les licences ouvertes est un engagement dans une voie individuelle, mais surtout est un engagement dans un champ culturel alternatif.

Vouloir utiliser les licences ouvertes comme « tremplin », « pour se faire connaĂ®tre » et ensuite râler parce que c’est dur de toucher des droits et de gĂ©rer ses contrats, imaginer des solutions hybrides, pour finalement s’inscrire Ă  la SACEM est bien la preuve du peu de cas que font certains de l’esprit rĂ©el des licences ouvertes et qu’ils confondent outil juridique et espĂ©rance de rĂ©munĂ©ration.

Je renvoie d’ailleurs Ă  l’interview suivante d’Angil & the Hiddentracks, qui tourne internationalement, dont les disques sont distribuĂ©s Ă  la FNAC : http://www.froggydelight.com/article-6488-3-Pourquoi_je_ne_suis_pas_a_la_Sacem.html, qui montre que l’on peut avoir une vision cohĂ©rente tout en utilisant les licences ouvertes, et qu’il s’agit plus aujourd’hui d’un enjeu de formation des tiers et des artistes qu’autre chose…

Il me semble donc qu’il serait bien plus intĂ©ressant de dĂ©velopper un système de support/conseil Ă  l’attention des crĂ©ateurs ayant optĂ© pour la gestion individuelle, permettant de les aider Ă  faire valoir leur droits en cas de conflit, ou tout simplement de leur proposer des solutions simples comme des contrats types pour les relations avec les tiers (Ă©diteurs, tourneurs, salles de spectacles, labels, diffuseurs etc.).

Ce support pourrait aussi ĂŞtre Ă  l’attention des tiers bien entendu.

Mais certainement pas de faire le boulot Ă  leur place.

J’ai longtemps militĂ© pour que l’association Musique Libre ! mette en place un tel système de support pour les artistes/groupes et structures adhĂ©rentes (et cotisantes…), j’espère qu’au cours des mois qui viennent elle verra le jour, parce que cela rentre tout Ă  fait dans ses objets, ce pourrait ĂŞtre intĂ©ressant de confronter ainsi organisation de support aux auteurs/structures avec les pseudos pourfendeurs de SACEM idĂ©ologiques ou Ă©conomiques …

Le subtil mélange des genres et la responsabilité de tous les acteurs culturels :

Alors on nous explique, qu’Ă  partir de maintenant, gare Ă  ceux qui tĂ©lĂ©chargent, ça va barder, on va tous vous couper, vous faire payer, vous Ă©radiquer.

*Bien que cette position soit temporairement Ă©cartĂ©e depuis ce midi, je rappelle tout de mĂŞme que la DADVSI s’applique toujours, et que ce n’est pas un revers de fortune qui calmera l’ardeur de certains, avec la possibilitĂ© de seconde lecture.

Mais au fait ceux qui téléchargent quoi?

Du SACEM, du copyright, du Publishing, du LAL, du BY-SA?

Sur quelle plateforme ? labellisée ministère de la culture ? Commerciale ? Dogmazic ?

On va mettre un peu d’ordre:

Les cultures libres ne sont pas reconnues par le lĂ©gislateur, ni par le ministère de la culture, qui dans sa grand croisade pour la rĂ©munĂ©ration de ses auteurs n’a pas pris en compte environ 180 millions d’Ĺ“uvres libres (en fait c’est peut ĂŞtre 200 ou 150) qui circulent sur internet.

Vont se mettre en place une sĂ©rie de systèmes techniques de filtrage chez les FAI (dans un an ou deux … ou jamais vu le coĂ»t) d’une part et se constituer des sociĂ©tĂ© privĂ©es de « tracking » du contrevenant en herbe tĂ©lĂ©chargeur pirate d’autre part.

Comment les uns ou les autres vont savoir qu’un internaute tĂ©lĂ©charge une Ĺ“uvre sous licence ouverte ?

A l’aide de quel identifiant sur les fichiers numĂ©riques et Ă  l’aide de quel système de reconnaissance ?

Cela sous entend qu’un certain nombre d’entre-nous qui tĂ©lĂ©chargent très frĂ©quemment des contenus lĂ©gaux se verrons notifier par emails qu’il faut arrĂŞter et se rendre tout de suite sur virginmachin, Ithunes ou aller Ă©couter ce que Deezer veut bien « streamer » tout de suite sous peine de coupure de l’accès internet, sympa…

Parce que cela pose un gros problème:

L’internaute lambda, comment sait-il, Ă  la base si ce qu’il tĂ©lĂ©charge relève de la gestion collective (SACEM), du copyright , du publishing ou des licences ouvertes?

C’est marquĂ© oĂą sur l’internet ?

Sur Jamendo ? Sur Dogmazic ?

Oui, c’est marquĂ©, mais est-ce vraiment le cas Ă  100%

N’y a-t-il pas quelques petits malins qui postent des trucs pas bien nets du genre « remix copyright » ou tout simplement des sociĂ©taires de la SACEM qui se foutent complètement que la personne qui tĂ©lĂ©charge puisse ĂŞtre sous le coup d’une amende ou d’une suspension de service internet, voire au pĂ©nal pour contrefaçon, parce que de toute bonne foi, elle a tĂ©lĂ©chargĂ© un album sur torrent avec Jamendo ou plein (beaucoup plus) de titres sur Dogmazic ?

Il se trouve que pour ce qui concerne Dogmazic, un travail de modĂ©ration est effectuĂ© via le CATEL (système de recherche des ayants-droits de la SACEM), et cela permet d’identifier ceux qui auraient dĂ©posĂ© dans l’archive musicale des Ĺ“uvres protĂ©gĂ©es.

Mais d’une part ce système n’est pas infaillible puisqu’il ne regroupe pas l’ensemble des Ĺ“uvres protĂ©gĂ©es et d’autre part il existe toujours des moyens de « passer Ă  travers ».

Cette responsabilité, des sociétés de gestions, des éditeurs de sites, des artistes eux-même est très importante et peut avoir des conséquences graves sur les publics.

Cet aspect n’a jamais Ă©tĂ© abordĂ© dans les discussions autour du tĂ©lĂ©chargement illĂ©gal, parce que c’eĂ»t Ă©tĂ© l’aveu de fait de l’existence d’une culture alternative lĂ©gale au delĂ  des catalogues industriels commercialisĂ©s qui semblent ĂŞtre les seuls vrais fonds culturels digne d’intĂ©rĂŞt pour nos institutions et le lĂ©gislateur.

Du coup on se rĂ©fugie ver le « streaming » parce que lĂ  on n’a pas besoin de causer du reste et on fait de la pub pour une plateforme longtemps restĂ©e dans l’illĂ©galitĂ©, mais on est plus Ă  une compromission près.

Parce que c’est bien joli de partir en croisade contre les salaud de « pirates » mais quid des artistes qui foulent du pied le droit d’auteurs en publiant illĂ©galement leurs Ĺ“uvres protĂ©gĂ©es sur des sites dont l’archive musicale doit contenir exclusivement des Ĺ“uvres sous licences ouvertes?

Il me semble que les sanctions (puisqu’on a prĂ©fĂ©rĂ© la sanction Ă  l’information, l’identification claire des Ĺ“uvres vis Ă  vis des publics) doivent ĂŞtre appliquĂ©es dans les deux sens, ou ne doivent pas ĂŞtre appliquĂ©es.

C’est en ce sens que les sociĂ©taire de la SACEM publiant illĂ©galement une Ĺ“uvre protĂ©gĂ©e sur un site de musique sous licences ouvertes devraient ĂŞtre taxĂ©s pĂ©cuniairement Ă  la hauteur du prĂ©judice subi par la personne qui a tĂ©lĂ©chargĂ© leur titre sans ĂŞtre informĂ© de la nature de celui-ci.

Dans le libre, on peut devenir aussi dĂ©bile que les autres si on veut (et sans trop forcer) mais (je l’espère) on prĂ©fèrera toujours l’information, l’explication, l’Ă©ducation Ă  la rĂ©pression aveugle et stupide qui reste une preuve de faiblesse, d’incomprĂ©hension, de facilitĂ© et de renoncement face aux mutations qui s’opèrent dans le rapport public/Ĺ“uvre/artistes depuis plusieurs annĂ©es maintenant.

Enfin, malgrĂ© l’aspect sĂ©curitaire en matière de libertĂ© que propose cette technologie, j’en suis venu Ă  la conclusion que la seule solution Ă  long terme permettant de bien diffĂ©rencier les Ĺ“uvres qui relèvent d’une protection sur les droit au tĂ©lĂ©chargement (puisque personne veut informer) et celles qui sont lĂ©galement tĂ©lĂ©chargeable reste l’Ă©tiquetage numĂ©rique ou « adn » qui permettrait de bien spĂ©cifier aux public:

« Ă§a c’est du libre / ça c’est du pas libre. »

Pourquoi mettrait-on en place des systèmes de traçabilitĂ© pour les Ĺ“uvres protĂ©gĂ©es et ne ferrait-on pas de mĂŞme, Ă  l’identique pour des Ĺ“uvres libres?

Et il n’est pas besoin de faire des « groupes de recherche et de rĂ©flexion » des « expĂ©riences » avec force financements publics, 5 gugusses dans un garage et les tag id3 qui existent dĂ©jĂ  depuis longtemps vous pondraient ça en peu de temps (j’exagère, mais Ă  peine).

Mais j’avoue que cet Ă©tiquetage type « code barre » a quelque chose de fascisant dans sa nature qui me pose de grandes questions sur le fantasme du « contrĂ´le » de l’internet.

La « traçabilitĂ© » si elle peut ĂŞtre un Ă©lĂ©ment primordial en matière de consommation, de protection de la chaine du froid pour des raisons de santĂ© publique peut rapidement dĂ©river en contrĂ´le sur les Ă©changes numĂ©riques, c’est plus que moyen…

Et je ne parles pas des dĂ©rives commerciales qui s’en suivraient en matière de filtrage des contenus sur les lecteurs propriĂ©taires, qu’ils soient embarquĂ©s dans les systèmes d’exploitation des ordinateurs ou simplement intĂ©grĂ©s dans les baladeurs numĂ©riques… On en reviens toujours aux mĂŞmes problĂ©matiques.

C’est surtout in fine une question de bon sens et de responsabilitĂ© de l’ensemble des acteurs qui s’assoient tous autour d’une table et qui cherchent ensemble la meilleure façon d’informer les publics et surtout les jeunes gĂ©nĂ©rations sur le fait que l’on est pas forcĂ©ment un pirate quand on tĂ©lĂ©charge une musique sur internet du moment que c’est un titre sous licence ouverte, c’est pas bien compliquĂ©.

Les sociĂ©tĂ©s de gestion, le ministère de la culture, les acteurs du libre, le lĂ©gislateur, tous portent cette responsabilitĂ© et refusent de l’assumer.

Encore faudrait-il que les Ĺ“uvres sous licences ouvertes restent accessible dans quelques annĂ©es , cela voudrait dire qu’elle n’ont pas Ă©tĂ© engluĂ©es dans le magma des sites proposant des contenus sans identification prĂ©cise (myspace, youtube, daylymotion, jamendo et autres) qui n’ont rien Ă  secouer du droit d’auteur, ou bien qu’elles n’auraient pas Ă©tĂ© rendues inaccessibles pour les non « initiĂ©s » Ă  cause des systèmes de filtrages Ă  venir.

Parce qu’il s’agit bien entendu et ce, depuis le dĂ©but d’une guerre pour la prise de contrĂ´le des Ă©changes numĂ©riques, arriver Ă  canaliser le consommateur dans les tuyaux du net, ne plus lui fournir d’opportunitĂ© d’aller cliquer ailleurs que lĂ  oĂą on a quelque chose Ă  vendre, et le « commerce de la culture » n’y Ă©chappe pas.

Le fameux modèle économique: (il doit bien exister un quelque part, ah non ? ben merde alors !)

Le modèle économique, la rémunération, le pognon, la caillasse, les brouzoufs.

Tout le monde en veux, c’est bien naturel.

Petit état des lieux:

Concernant le marchĂ© industriel, c’est tout simple, c’est un fabricant d’ordinateurs et de baladeurs numĂ©riques qui gère le marchĂ© en ligne, Ă  0,99 euro le titre (depuis peu, de 0,69€ Ă  1,29€).

C’est pliĂ© depuis longtemps, tant pis pour les Majors qui se rabattent sur de la vente forfaitaire de tĂ©lĂ©chargements sur des tĂ©lĂ©phones portables, bonne chance Ă  vous.

Forfait, Téléchargement, les mêmes qui crient que la licence globale est une vaste arnaque proposent des Forfait pour du téléchargement légal … Pas mal.

Reste des groupements d’indĂ©pendants qui tentent de survivre, voir de se dĂ©velopper dans une alternative sĂ©rieuse comme CD1D par exemple, et cet aspect est tout Ă  fait intĂ©ressant au regard d’une collaboration possible entre les acteurs du libre et les indĂ©pendants.

Parce qu’il me semble que les lignes de fracture Ă©conomiques ont Ă©voluĂ©es, et que le fameux libre vs Majors a fait long feu.

Que les seuls modèles soutenus sont ceux de l’industrie du disque, y compris Ă  coup de lois de rĂ©gulation afin d’orienter le marchĂ© en leur faveur.

Aussi bizarre que cela puisse paraĂ®tre, et, malgrĂ© les circonstances Ă©conomiques actuelles, la rĂ©gulation des marchĂ©s n’est pas la mĂŞme pour tout le monde, la libre concurrence non faussĂ©e, s’arrĂŞte ou commence l’intĂ©rĂŞt de quelques lobbies.

Et le lĂ©gislateur porte la responsabilitĂ© de ce traitement discriminatoire envers les cultures alternatives au profit exclusif des industries, qu’elles soient des loisirs numĂ©riques, des fournisseurs d’accès internet transformĂ©s en vendeurs d’images, ou de l’industrie du disque.

Les lignes de fractures, dans le cadre de la dĂ©fense d’une alternative culturelle en complĂ©ment de l’industrie se situent plus aujourd’hui dans un affrontement indĂ©pendants/Libre vs Industrie.

Parce que les cultures libres seules ne feront pas le poids en continuant d’avancer en ordre dispersĂ©, essayant ça et lĂ  de grappiller quelques marchĂ©s de niche, mais rien de bien terrible au final.

Cela peut paraitre bizarre de vouloir travailler de concert avec les indĂ©pendants (attention, les vrais, pas les faux indĂ©s affiliĂ©s Ă  l’industrie) parce qu’il s’agit de dĂ©velopper des rĂ©seaux de diffusion et de distribution indĂ©pendants justement des canaux habituels,

porter ces cultures au delĂ  d’internet, monter des rĂ©seaux de distribution physiques et numĂ©riques alternatifs et proposer un champ culturel complètement diffĂ©rent aux publics.

Au milieu de tout cela, l’Ă©conomie autour des cultures libres, comment dire … ce n’est pas grand chose.

L’activitĂ© Ă©conomique autour des cultures libres se situe principalement sur internet Ă  ce jour, avec son cortège de pseudos initiatives plus ou moins douteuse quant Ă  la sincĂ©ritĂ© de leur dĂ©marche.

Et les artistes dans tout ça?

Quand on parle de « modèle Ă©conomique », on pense rĂ©munĂ©ration des artistes.

Mais en fait pour le moment , c’est rĂ©munĂ©ration des plateformes internet, pour le reste, on verra plus tard, circulez !

Il me semble tout de même, que, malgré ce mauvais départ , tout reste encore à construire.

Cela ne fait que 2 Ă  4 ans pour certains que des initiatives sont testĂ©es, affinĂ©es, c’est très peu finalement au regard des modèles « classiques ».

Certaines initiatives sortent un peu du lot, abandonnant le modèle économique pub contre accès au catalogue pour proposer une vraie valeur ajoutée pour les artistes, comme Pragmazic (un peu de pub au passage), CD1D et quelques autres, en opposition avec les plateformes qui se disent « équitables » qui qui retiennent 50% des ressources pour leur fonctionnement.

Le sens de ces initiatives est de privilĂ©gier le revenu des crĂ©ateurs (artistes / Labels) par rapport au revenu de la plateforme d’une part, et de permettre au publics de vraiment faire un acte de soutien aux artistes dont ils achètent les Ĺ“uvres sur support physique ou numĂ©rique, une action de soutien plus qu’un acte de consommation impulsif …

Bien que ce soit assez marginal comparativement au modèle basĂ© sur le nĂ©goce d’espaces publicitaires, cela va dans le sens d’un dĂ©veloppement respectueux des Ĺ“uvres et des artistes.

Parce qu’il ne faut pas non plus se tromper sur ce point :

Vouloir absolument forcer à la rémunération de tous les artistes est un contre-sens fondamental, comme expliqué plus haut.

Mais permettre Ă  tous de connaitre un plus grand nombre d’Ĺ“uvres publiĂ©es, peut effectivement favoriser la dĂ©couverte et aider Ă  provoquer ces instants de « communion » Ĺ“uvre/public, si ils doivent arriver bien entendu.

L’initiative Automazic (allez, encore un peu de pub) dont l’objet est de favoriser la dĂ©couverte des cultures libres, les porter hors d’internet vers des publics qui n’en ont pour la grande majoritĂ© jamais entendu parler, participe Ă  cette dissĂ©mination.

Permettre une meilleure diffusion scĂ©nique des artistes va aussi dans le mĂŞme sens, parce que la scène reste une source de « revenu » potentielle pour certains bien plus intĂ©ressante que la vente de disques ou de fichiers en ligne.

Dans ce sens uniquement, on arrive Ă  « aider » l’Ă©mergence d’un tissu Ă©conomique, qui n’est pas incompatible avec l’existant, ou Ă  dĂ©faut et plus humblement, on jette les bases de ce qui reste Ă  inventer , si l’on veut rĂ©ellement crĂ©er une rupture saine entre le système industriel monolithique et les cultures alternatives (libres ou pas).

Ce n’est certainement pas en « singeant » les systèmes industriels ou en favorisant l’existant par une modification de la lĂ©gislation que l’on arrivera Ă  accompagner le changement radical qui s’opère depuis quelques annĂ©es, Ă  la fois dans le rapport public/Ĺ“uvre/artiste et dans la dĂ©matĂ©rialisation des Ĺ“uvres.

Les cultures libres ont encore besoin de se faire connaitre auprès des publics, les artistes qui ont choisi les licences libres ont encore du chemin Ă  parcourir avant d’ĂŞtre reconnus et respectĂ©s, mais l’espĂ©rance de rĂ©munĂ©ration, elle ne dĂ©pend ni des licences ouvertes, ni de la SACEM, mais bien d’un instant particulier qui fait qu’une Ĺ“uvre rencontre un public, c’est magique et cela n’a absolument rien de rationnel ni de temporel.

Christophe-E.

Libre Accès. Loi Internet et Création : Est-il encore permis de réfléchir et discuter ?, une contribution

Jeudi 5 mars 2009

Enregistrement intĂ©gral des confĂ©rences dĂ©bat de Libre Accès, juin 2008 – fĂ©vrier 2009

A l’approche du dĂ©bat de la loi Olivennes, non Hadopi, non Internet et CrĂ©ation Ă  l’AssemblĂ©e nationale, projet sur lequel l’urgence a Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©e, les esprits s’Ă©chauffent, la colère et l’incomprĂ©hension gĂ©nĂ©ralisĂ©e montent devant cette « mauvaise rĂ©ponse faite par des gens dĂ©semparĂ©s ».

Hors les industries culturelles quĂ©mandant cette loi et leurs habituels supplĂ©tifs aux arguments approximatifs comme cette fois-ci Luc Besson, hors l’ElysĂ©e et le ministère de la Culture, enfermĂ©s dans un autisme jusqu’auboutiste donnant lieu Ă  des surenchères absurdes et dangereuses comme le projet de liste blanche pour les accès wifi publics, forme de censure radicale qui n’est pratiquĂ©e nulle part dans le monde, si tous sont d’accord sur l’objectif affichĂ© de soutenir la crĂ©ation, personne n’est en faveur de ce texte.

Que ce soient les spĂ©cialistes techniques, des chercheurs Ă©tudiant les rĂ©seaux le P2P et les usages numĂ©riques jusqu’aux fabricants de matĂ©riels de filtrage, que ce soient les FAI, les associations d’internautes, les nombreuses sociĂ©tĂ©s ou organismes officiels français ou Ă©trangers, comme la CNIL, l’ISOC et son chapitre français, le ContrĂ´leur europĂ©en des donnĂ©es, la Commissaire Vivianne Reding, le Parlement europĂ©en, des ministres britannique, suĂ©dois, allemand, ce texte est critiquĂ© sur le fond et de toutes manières ; jusqu’Ă  Matignon semble-t-il, qui se tait Ă©loquemment, mais n’en penserait pas moins.

LibreAccesPour tenter d’apporter un peu de recul, sĂ©rĂ©nitĂ© et profondeur au dĂ©bat, Libre Accès propose les enregistrements de trois confĂ©rences dĂ©bats qui se sont tenues Ă  Paris, en juin 2008 lors du premier Ă©vĂ©nement Libre Accès Ă  la Mairie du IIe, en octobre 2008 pour le lancement du livre de Philippe Aigrain « Internet et CrĂ©ation – Comment reconnaĂ®tre les Ă©changes sur internet en finançant la crĂ©ation ?« , et enfin en fĂ©vrier 2009 lors des Assises « LibertĂ© Internet et CrĂ©ation« , permettant de comprendre les enjeux autour de la loi HADOPI.

Ce qu’ont de remarquable ces trois documents, outre cette distance et longueur dans le temps, est de tĂ©moigner d’une tentative de dialogue entre toutes les parties : on peut y entendre les points de vues de dĂ©putĂ©s de diffĂ©rentes familles politiques, d’acteurs de la filière musicale, d’artistes, d’auteurs, de reprĂ©sentants des ayant-droits de la SACEM Ă  l’ADAMI et la SPEDIDAM, de chercheurs, de juristes, de prestataires techniques, d’un mĂ©diathĂ©caire…

Ces tables rondes permettent de cerner la complexitĂ© des dĂ©bats Ă  venir, de leurs enjeux et de leur impact sur nos libertĂ©s, l’avenir d’internet, l’avenir de la production et la diffusion des oeuvres culturelles, ainsi que la transformation radicale de l’univers culturel, passĂ© dĂ©finitivement d’un mode de distribution verticale Ă  des modes de dĂ©couverte et de partage.

Deux de ces tables rondes ont Ă©tĂ© co-organisĂ©es avec la Quadrature du Net et le soutien de l’APRIL sur les questions liĂ©es aux libertĂ©s.
Voici l’intĂ©gralitĂ© des enregistrements de ces confĂ©rences dĂ©bats : Ă  vous de vous faire une opinion sur libreacces.org

_________________________
http://libreacces.org/

Comprendre HADOPI : Tables rondes du 20 juin 2008 organisées par Libre Accès
[pour le moment fichiers en MP3]

Comprendre HADOPI : Assises Internet et Création du 12 février 2009
[Pour le moment fichiers vidéo en .flv - bientôt aussi .ogg]

Comprendre HADOPI : Débat organisé lors de la parution du livre Internet & Création de Philippe Aigrain
[Pour le moment fichiers vidéo en .flv - et aussi la totalité en .ogg]

Allongement des droits = NON rĂ©pond l’Electronic Frontier Foundation

Jeudi 29 janvier 2009

L’allongement des droits, vaste question Ă  laquelle peu savent rĂ©pondre. Tout simplement parce que ces questions sont compliquĂ©es Ă  apprĂ©hender. Alors soyons didactiques voire « pĂ©dagogiques »…

Aujourd’hui, quand on crĂ©e une Ĺ“uvre, l’auteur (Ă  partir du moment oĂą il prouve le lien qu’il a avec cette Ĺ“uvre, on parle d’antĂ©rioritĂ©) a des droits dessus. Les droits moraux et les droits patrimoniaux. Les droits moraux sont des droits inaliĂ©nables, incessibles et perpĂ©tuels qui sont la base du droit d’auteur « Ă  la française » et qui vous protègent contre une utilisation contraire Ă  la volontĂ© de l’auteur (telle Ĺ“uvre dans un meeting de parti politique, telle modification de l’Ĺ“uvre qui la dĂ©nature complètement…). Les droits patrimoniaux, enfin, sont tous les droits qui permettent de faire du commerce avec vos Ĺ“uvres (vente (cd, k7…), reprĂ©sentation (scène), diffusion…).

Ce sont ces derniers droits qui sont limités dans le temps.

Un projet de loi europĂ©en basĂ© sur un rapport indĂ©pendant (mais bien sĂ»r… indĂ©pendant de qui ? du paysan breton ?) commanditĂ© par l’industrie du disque va bientĂ´t ĂŞtre soumis au vote Ă  la commission europĂ©enne. ce projet de loi va allonger la durĂ©e des droits. Pourquoi faire ? Pour faire en sorte que nos amis Johnny Hallyday et leurs maison de disque puissent continuer Ă  avoir l’exclusivitĂ© sur les ventes de leurs Ĺ“uvres créées il y a plus de 50 ans.

CC-By-Sa / La quadrature du net

CC-By-Sa / La quadrature du net

Un article du Framablog a rĂ©cemment traduit l’appel lancĂ© par l’Electronic Frontier Foundation par le biais de leur projet Sound Copyright. En voici la retranscription exacte (merci Ă  eux pour la traduction en licence CC-By-SA !).

Faites passer et n’oubliez pas de visiter le site Sound Copyright pour signer la pétition !

Prolongement des droits d’auteur dans l’UE : aidez les eurodéputés à entendre un autre son de cloche

EU Copyright Extension: Help MEPs Hear the Other Side

Danny O’Brien – 20 janvier 2009 – Electronic Frontier Foundation
(Traduction et sous-titrage Framalang : Olivier, Don Rico, Xavier et Yostral)

À la lecture de la documentation officielle de la Commission européenne sur la directive prévoyant l’allongement du copyright, on pourrait croire que porter la durée des droits des artistes à 95 ans au lieu de 50 en Europe est une décision généreuse sans aucun effet néfaste. C’est sans doute l’image que souhaite en donner le membre de la commission Charlie McCreevy, lui qui incite le Parlement à mettre au vote cette directive au mois de mars de cette année.

Mais les législateurs de Bruxelles n’entendent qu’un seul son de cloche de la part de ce commissaire. C’est pourquoi, dans le cadre de la campagne contre l’allongement de la durée des droits d’auteur, une réunion va être organisée à Bruxelles où vous et vos eurodéputés êtes cordialement conviés.

Les experts en droits d’auteur européens les plus réputés affirment eux-mêmes que la Commission induit en erreur les Conseil et Parlement européens. Nul n’a encore expliqué aux eurodéputés en quoi cette mesure coûterait des milliards d’euros aux consommateurs européens, alors qu’elle ne rapporterait à la plupart des artistes concernés guère plus de trente euros par an, le plus gros des bénéfices revenant aux plus grosses maisons de disques, les majors. Ils ne se sont pas non plus inquiété des dégâts qu’elle infligerait à un domaine public solide et à l’accès démocratique à l’héritage culturel des pays membres.

En tant qu’acteur de la campagne Sound Copyright, l’Open Rights Group organise une réunion publique le 27 janvier à Bruxelles pour fournir aux eurodéputés des informations objectives sur l’allongement de la durée des droits d’auteur. Écrivez à votre eurodéputé pour lui demander d’y assister, ou mieux encore, faites le déplacement et venez donner vous-même votre avis sur la question.

Si vous désirez connaître davantage de détails sur les dangers de l’allongement de la durée des droits d’auteur, rendez-vous sur le site Sound Copyright, ou regardez le guide vidéo ci-après. Envoyez ensuite ces liens à vos amis européens, et écrivez sans plus tarder à votre eurodéputé.

En bonus, une vidéo sous-titrée expliquant très bien les enjeux du projet de loi européen.

Sources : Framablog, Linuxfr.org, Code de la Propriété Intellectuelle, La quadrature du net.

DĂ©pĂ´t de marque – L’incomprĂ©hension la plus totale

Mercredi 19 novembre 2008

Je reprends ici mon post (http://sam-lesite.fr/blog/27/), sur une triste affaire qui est arrivĂ©e Ă  l’association Les Grandes Roues et moi-mĂŞme.

Je me souviens avoir expliquĂ©, dans le court texte introduisant mon album l’engrenage , mon incomprĂ©hension la plus totale face au monde moderne et son confort social. Nous (l’association Les Grandes Roues et moi) en avons fait les frais dernièrement.

Lundi 3 Novembre 2008, l’association reçoit un courrier avec avis de rĂ©ception de Mise en demeure pour contrefaçon de marque de la part de Xxx. Ce dernier nous y apprend qu’il a dĂ©posĂ© le 9 Octobre 2008 la marque Sam pour une exploitation internationale auprès de l’INPI pour des usages de diffusion de sa musique (spectacle vivant, cd, web …). Il nous y demande de retirer sous 15 jours toute rĂ©fĂ©rence Ă  sa marque Sam . On croit rĂŞver.

Xxx aurait pu nous contacter par tĂ©lĂ©phone avant de nous envoyer ce recommandĂ©. En effet, sur le site web de notre association (http://lesgrandesroues.free.fr/ ), sous l’adresse qu’il a recopiĂ©e sur son petit colis, est toujours indiquĂ© le numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone de la prĂ©sidente. Mais, aussi courageux qu’un vaillant chevalier du monde moderne, il ne l’a pas fait.

Nous avons donc rĂ©pondu Ă  Xxx, par l’intermĂ©diaire d’un avocat, en lui demandant de retirer son dĂ©pĂ´t de marque. Tout simplement parce que sam est aussi le diminutif de Samuel , mon prĂ©nom de naissance, que je fais de la musique depuis très longtemps, bien avant son dĂ©pĂ´t de marque, que celle-ci est diffusĂ©e publiquement (festivals, radio hertziennes, web http://www.sam-lesite.fr, reportages tĂ©lĂ© …), … (nous n’avons pas ajoutĂ© que mon professeur de piano m’appelait dĂ©jĂ  sam lorsque j’avais 5 ans, en 1983).

Sans cette lettre recommandée, comportant des menaces de procédure avec avocats, si nous avions été contacté de manière normale et courtoise, nous aurions pu organiser un concert commun, faire jouer Sam et sam , et une collaboration artistique aurait pu naître de cette rencontre.
En quoi ĂŞtre un Sam et un sam dans le milieu de la chanson peut dĂ©ranger l’un ou l’autre, prĂ©cisĂ©ment lorsque nous n’avons pas la mĂŞme vision des rapports humains et que nous ne partageons pas les mĂŞmes valeurs ?
Demandez la rĂ©ponse auprès de certaines structures d’aide Ă  la professionnalisation d’artistes : celles qui ne rĂ©pondent jamais, qui occupent leurs poulains en manque de dĂ©veloppement Ă  remplir des formulaires, et sur lesquels elles espèrent trouver un retour sur investissement : une visibilitĂ© accrue pour elles-mĂŞmes et toucher les fonds publics qui vont avec.

Sinon, sam , moi, reste flattĂ© que Xxx (alias Sam ), dans le système de valeur qui est le sien (et qu’il nous a dĂ©montrĂ© par son envoi recommandĂ©), considère sam comme un ennemi gĂŞnant pour sa carrière. Nous espĂ©rons que la carrière (commerciale) de Xxx ne sera pas entachĂ©e par une trop large diffusion de ce communiquĂ©. Nous lui conseillons par ailleurs de changer de pseudo et de dĂ©poser Ă  tout hasard ‘Jules’, qui n’est pour l’instant qu’une marque de vĂŞtements, qui pourrait le sponsoriser.

Je reste dans l’incomprĂ©hension la plus totale face Ă  cette dĂ©marche : pourquoi avoir entamĂ© directement une procĂ©dure, pourquoi nous avoir menacĂ© directement de remettre l’histoire entre les mains de la justice ?
Je n’ai aucunement l’intention de nuire Ă  la carrière d’un autre ou de marcher sur ses plates bandes, qu’il soit plus connu ou moins connu que moi. Je ne veux pas attiser le feu, faire preuve d’animositĂ© ou d’esprit de vengeance, ce pourquoi j’ai remplacĂ© son nom par Xxx. Je ne suis en compĂ©tition avec personne, je n’ai aucune envie de dĂ©fendre une marque (mais une dĂ©marche artistique et esthĂ©tique).
Je ne suis pas en guerre, et dans notre monde libre, je ne me protège que du vrai danger. Xxx s’est trompé de cible et s’est trompé tout court. Je sais que le monde de la musique n’est pas plus beau que le reste du monde, mais je crois encore en la vraie beauté d’un geste artistique qui tout seul et sans artefact peut nous élever.

Cela dit, je ne suis ni un perdant, ni résigné (bien au contraire aujourd’hui), et je dois pouvoir continuer à exister artistiquement et défendre mes intérêts professionnels musicaux.

sam

PS : si commentaires il y a sur ce billet, merci de ne pas mettre de lien vers la personne en question.

Sacem – « droits internet rĂ©servĂ©s » = libre attitude ?

Vendredi 19 septembre 2008

albatel.jpg

Depuis quelque jours, c’est l’effervescence dans le monde de la musique en ligne : le groupe « Petit Homme » aurait signĂ© le premier accord avec la SACEM pour rester maĂ®tre de sa diffusion sur internet.

Et ce serait le moyen pour ce groupe de diffuser via une licence ouverte : ce qu’il a fait sur Jamendo avec la licence Creative commons by-nc-sa 2.5.

Mazette ! La SACEM serait donc compatible avec les licences ouvertes !

Alors, info ou pipeau ?

Prenons les choses dans l’ordre. La possibilitĂ© de se rĂ©server les droits internet, n’est pas une nouveautĂ© (n’en dĂ©plaise Ă  certains) et je doute que le groupe en question soit pionnier en la matière, mais passons sur ce dĂ©tail.

Pour comprendre, il faut se rĂ©fĂ©rer Ă  l’article 34 des statuts de la SACEM.

Article 34

Nonobstant toute autre disposition des Statuts et du Règlement gĂ©nĂ©ral, les règles suivantes sont applicables aux auteurs, auteurs-rĂ©alisateurs, compositeurs et Ă©diteurs ainsi qu’Ă  leurs ayants droit :

I – Admission Ă  la sociĂ©tĂ© – Apport.
L’apport Ă  la sociĂ©tĂ©, qui rĂ©sulte de l’adhĂ©sion aux Statuts, peut ĂŞtre :

— Soit conforme aux dispositions des articles 1 et 2 ci-avant et s’appliquer en
consĂ©quence Ă  la fois au droit d’autoriser ou d’interdire en tous pays l’exĂ©cution publique et au droit d’autoriser ou d’interdire en tous pays la reproduction mĂ©canique de toutes leurs oeuvres dès que créées ;

— Soit limitĂ© Ă  l’une ou plusieurs des catĂ©gories de droits ci-après prĂ©cisĂ©es ou Ă  certains territoires pour l’une ou plusieurs de ces catĂ©gories de droits, lorsque la gestion de la ou des catĂ©gories de droits auxquelles ne s’applique pas l’apport est confiĂ©e pour tous pays Ă  une ou plusieurs autres sociĂ©tĂ©s d’auteurs et lorsque les territoires non couverts par l’apport sont confiĂ©s Ă  la gestion d’une ou plusieurs autres sociĂ©tĂ©s d’auteurs, Ă©tant prĂ©cisĂ© que les territoires de gestion directe de la sociĂ©tĂ© hors de l’Union EuropĂ©enne ou de l’Espace Economique EuropĂ©en oĂą la sociĂ©tĂ© fait des investissements et oĂą les difficultĂ©s de gestion rendent l’unitĂ© du rĂ©pertoire indispensable
- tels que le Canada et le Liban – ne sauraient ĂŞtre dissociĂ©s de l’apport sauf accord de
la société.

Les catégories de droits sont les suivantes :

1° Le droit de reprĂ©sentation ou d’exĂ©cution publique gĂ©nĂ©ral y compris le droit de reprĂ©sentation des oeuvres cinĂ©matographiques et audiovisuelles ;

2° Le droit de radiodiffusion y compris le droit de retransmission simultanée et intégrale des programmes radiodiffusés par tous moyens de télécommunication et le droit de réception publique desdits programmes ;

3° Le droit de reproduction sur supports de sons y compris le droit d’usage public de ces supports licitĂ©s pour l’usage privĂ© ainsi que le droit d’exĂ©cution publique au moyen de ces supports ;

4° Le droit de reproduction sur supports de sons et d’images y compris le droit d’usage public de ces supports licitĂ©s pour l’usage privĂ© ainsi que le droit d’exĂ©cution publique au moyen de ces supports ;

5° Le droit de reproduction des oeuvres dans des films destinés à la projection dans les théâtres cinématographiques et pour lesquels ces oeuvres ont été spécialement écrites ;

6° Le droit de reproduction sur des oeuvres préexistantes pour la reproduction desdites oeuvres dans les films destinés à la projection dans les théâtres cinématographiques ;

7° Le droit de reproduction mĂ©canique et le droit de reprĂ©sentation ou d’exĂ©cution publique pour l’exploitation des oeuvres dans le cadre de services interactifs fournis au moyen de rĂ©seaux Ă©lectroniques avec ou sans fil utilisant les protocoles Internet (IP), WAP (SMS ou MMS notamment) ou autres protocoles similaires ;

8° Le droit de reproduction mĂ©canique et le droit de reprĂ©sentation ou d’exĂ©cution publique pour l’exploitation des oeuvres dans le cadre de services non interactifs fournis au moyen de rĂ©seaux Ă©lectroniques avec ou sans fils utilisant les protocoles Internet (IP), WAP (SMS ou MMS notamment) ou autres protocoles similaires ;

9° Les droits d’exploitation rĂ©sultant du dĂ©veloppement technique ou d’une modification de la lĂ©gislation dans l’avenir.

Cet article dĂ©finit 9 catĂ©gories de droits et prĂ©cise que l’on peut limiter Ă  une ou Ă  plusieurs catĂ©gories l’apport que l’on fait Ă  la SACEM. C’est donc ce que fit le groupe en question en se rĂ©servant les catĂ©gories de droits 7 et 8.

Cette possibilitĂ© de se rĂ©server les droits internet, Mr Petitgirard nous en avait dĂ©jĂ  rebattu les yeux et les oreilles (deuxième table ronde : les nouvelles libertĂ©s du droit d’auteur), donnant l’image d’une sociĂ©tĂ© Ă  l’Ă©coute de ses jeunes pousses qui rĂŞvent de succès mais aussi de libertĂ© ! Haro sur les plate-formes musicales all over the world 2.0…

Toutes les plate-formes ? Même Jamendo, qui prétend aussi que cette compatibilité existe ?

LibertĂ© libertĂ© chĂ©rie… un bel argument pour attirer les nouveaux arrivants dans cet Eldorado numĂ©rico-musical dĂ©jĂ  bien encombrĂ© d’intermĂ©diaires de tous poils promettant monts et merveilles. Mais qu’en est-il de la libertĂ© accordĂ©e Ă  ceux qui tĂ©lĂ©chargent ? Car c’est bien ce dont s’occupent les licences ouvertes comme les Creative Commons. Ce « droit internet rĂ©servĂ© » est-il soluble dans la licence CC… ou inversement ?

La réponse est NON, bien sûr.

Pour s’en convaincre, il suffit de reprendre une Ă  une les catĂ©gories de droits qui restent gĂ©rĂ©es par la SACEM. Sont-elles compatibles avec les droits accordĂ©s par une licence libre mĂŞme la plus restrictive comme la CC by-nc-nd …? Je vous laisse jouer chez vous Ă  la maison : imaginez la diffusion de l’Ĺ“uvre tĂ©lĂ©chargĂ©e dans diffĂ©rentes circonstances : fĂŞte de l’Ă©cole oĂą les enfants vont reprendre Ă  tue-tĂŞte le titre phare de notre « groupe pionnier » (bien sĂ»r cela vous rappelle quelque chose…), la diffusion sur les baffles de la bodega des 20 ans pendant les fĂŞtes du village, une compilation produite par un netlabel fan de notre groupe, … et confrontez-la Ă  ces 9 autres catĂ©gories de droits (nb : le point 5 ne nous concerne pas).

Résultat : si vous arrivez à la même conclusion que moi vous pouvez éliminer toutes les catégories restantes.

Autrement dit, il faudrait se rĂ©server tous les autres droits et dans ce cas l’inscription Ă  la SACEM serait comment dire…. nulle et non avenue, Ă  moins que ce soit le choix d’une licence libre qui le soit ! Cela dit, c’est parfaitement cohĂ©rent avec l’opposition de la SACEM aux licences ouvertes, et aux dernières nouvelles cette position n’a pas changĂ© (voir en bas de page le paragraphe intitulĂ© : Partie relative Ă  la SACEM – Informations relues par la SACEM, octobre 2005-).

En résumé : choisissez votre camp, camarades !

VoilĂ  ! Tout ce bruit pour rien, ou presque … de la publicitĂ© Ă  peu de frais pour les diffĂ©rents protagonistes de cette affaire : notre petit groupe, la gentille SACEM et la consensuelle plate-forme de tĂ©lĂ©chargement Jamendo.

Ok, donc on est d’accord : pas de compatibilitĂ© avec les licences ouvertes pour les adhĂ©rents de la SACEM mĂŞme si elle leur accorde un brin de libertĂ© en les autorisant Ă  gĂ©rer leur droits sur internet.

Mais, qu’en est-il des droits accordĂ©s aux braves gens qui tĂ©lĂ©chargent les titres en « droits internet rĂ©servĂ©s »… sans licence ?

Si vous reprenez les catĂ©gories de droits conservĂ©es par la SACEM, vous vous rendrez bien vite compte que hormis la copie privĂ©e, il ne reste pas grand chose. En effet, certains usages non commerciaux sont soumis Ă  rĂ©munĂ©ration. Et c’est lĂ  LA grande diffĂ©rence avec les licences ouvertes.

Et mĂŞme la diffusion en podcast sur un quelconque site, perso ou pas avec ou sans pub est soumis Ă  l’autorisation prĂ©alable du groupe, qui devra rĂ©diger une licence sur mesure : bon courage les gars !

Dernier point, la lecture des commentaires sur l’annonce de cette avancĂ©e rĂ©volutionnaire sur le blog de PhilAxel est pour le moins Ă©difiante. On a la sensation que l’on veut forcer la main Ă  la SACEM, peu importe le flou juridique et l’absence d’information donnĂ©e aux utilisateurs. Les auteurs et les intermĂ©diaires de la musique qui s’y expriment font peu de cas des droits de ces utilisateurs et interprètent les clauses des licences Creative Commons, au grĂ© de leurs intĂ©rĂŞts personnels des plus subjectifs.

Or, il y a dĂ©jĂ  des cas de rĂ©clamations Ă  des sites rĂ©els ou virtuels qui pensaient diffuser de la musique libre et qui se sont vus taxĂ©s au forfait car un artiste de la liste faisait partie du rĂ©pertoire d’une sociĂ©tĂ© de gestion collective des droits.

Apparemment cela ne pose aucun problème de conscience Ă  ces « rĂ©volutionnaires » … eux ne seront jamais inquiĂ©tĂ©s. Au contraire, ils seront chouchoutĂ©s par la SACEM qui (malgrĂ© un discours parfois inverse, de type « les auteurs du dimanche »… on n’en est pas Ă  une contradiction près) aura besoin dans le monde concurrentiel dans lequel elle entre, d’affirmer sa suprĂ©matie par le nombre de ses adhĂ©rents : « voyez combien ils sont nombreux ! »

Rappelons juste que lors d’une intervention pas si ancienne, Mme Kerr Vignale (Direction des Relations Clientèles de la SACEM) a qualifiĂ© les licences Creatives Commons de « dangereuses. »

Ici, nous ne cesserons donc pas de rĂ©pĂ©ter encore et encore : tant que la SACEM ne modifie pas sa volontĂ© et donc ses statuts, la compatibilitĂ© avec les licences ouvertes, mĂŞme les plus restrictives, n’existera pas !

Nous ne cherchons pas Ă  forcer la main de la SACEM dans ce sens, en tous cas pas au dĂ©triment des utilisateurs. NĂ©anmoins nous apprĂ©cierions grandement que l’information donnĂ©e par la SACEM Ă  ses membres soit bien plus claire et argumentĂ©e, quelque soit le choix des auteurs pour la gestion de leurs droits internet.

Libre accès -> RMLL ! (Artischaud ?)

Mercredi 2 juillet 2008

Bon, Libre accès, voilou, et revoilou, et t’en re-veux. De la mairie du IIe Ă  la Cantine, en passant par le point nĂ©vralgique, le Ministère de la Crise du Logement. & Paf, de suite semaine après, Cantine encore dis voir, fĂŞte firefox3, y Ă©tions aussi, rĂ©alisant entre Mexique France la quadrature de l’emploi du temps :

dogmazic est chaud bouillant pour le panda

Cela Ă©tant, et toutes choses Ă©tant Ă©gales par ailleurs, « de commencements en commencements par des commencements qui n’auront pas de fin« , disait GrĂ©goire de Nazianze, on z’y va maintenant Ă  Mont-de-Marsan : tsunamiza-wazarizationn du conglomĂ©rat de gnurdz en folie . Oui… dĂ©solĂ©s… le jeudi 3 juillet au soir, une carnavalesque meute de gnurdz chauds comme des macaques frĂ©tillera et moovera son petit corps sur de la musique libre mixĂ©e rien que pour eux, chanceux ;^D

Carnaval!!!

A diffuser dans l’artichaut !

Une brève histoire de la lutte contre les pirates

Jeudi 5 juin 2008

Nous vous livrons avec grand plaisir cette brève histoire de la lutte contre les pirates , avec l’aimable autorisation de son auteur. On ne saurait faire Ă  la fois plus limpide, argumentĂ© (et sourcĂ©), plaisant et vif. On suivra les dernières aventures des mĂ©chants, – non, pardon… – (anti-)hĂ©ros de cette histoire, les gens qui crient très fort et les adopis, sur nonfiction.fr, pcimpact et numerama. Et l’on s’instruira en riant avec Pascal. Et hop, on signera la pĂ©tition de SVMlemag.

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Sujet: vous raconterez comment s’est organisée puis développée la lutte contre les pirates de musique et de film sur l’Internet. Vous rédigerez une conclusion sur la base de ces faits donnant votre sentiment.

C’est l’histoire de gens qui crient très fort dans la radio et la télé. Il y a Pascal, et puis un autre Pascal et puis Johnny (celui qui est allé en Suisse en criant, puis il crie plus mais il est resté là bas). Et puis des fois, il y a des moins connus aussi, mais ils crient moins fort. Ils sont tous copains avec le Président de la République, parce que le Président de la République, il sait crier très fort aussi.

Un jour, ils se réunissent et trouvent que tous les gens qui écoutent de la musique et regardent des films avec Internet, comme moi et mes copains, ils font rien qu’à leur faire des misères et à leur voler leur fromage.

Alors ils décident d’envoyer les gendarmes. Ca fait peur parce que les gendarmes, d’habitude, ils s’occupent de gens très méchants, avec des gros révolvers et qui font du mal aux gentils. Là, les gendarmes, ils vont gronder une maman, et puis une jeune fille (avec des boucles) et un professeur aussi. Et ils veulent les mettre en prison avec les gens très méchants avec les gros révolvers.

Mais ça marche pas bien, parce que tout le monde pense que les mamans, les jeunes filles (avec des boucles) et les professeurs, ils sont gentils.

Les gens qui crient très forts et les amis de Sarko, ils disent: “bon, c’est pas grave, on va mettre des tapettes à souris sur la musique et les films”. En vrai, ils appellent pas ça des tapettes à souris, mais des déhèraime.

Ca marchait pas bien, les tapettes à souris: en fait, souvent, ça tapait sur les doigts des gens gentils qui voulaient donner à manger à ceux qui criaient forts. Là où ça fait peur, c’est que les gens qui criaient forts, ils ont dit qu’il fallait envoyer les gendarmes chez tous ceux qui enlevaient les tapettes à souris pour qu’elles arrêtent de casser les doigts des gens gentils. J’ai pas compris pourquoi mais il y a un monsieur important, Hervé Dévé, qui était bien d’accord. Hervé Dévé, il arrêtait pas de dire qu’il voulait donner à manger aux gens qui crient très forts avec les déhèraimes. C’est vrai que si les souris mangeaient tout le fromage, ça faisait plus beaucoup à manger pour les autres.

Là, il y a des gens qui ont dit: faut arrêter les tapettes à souris et donner quand même à manger aux gens qui crient très fort. Ils ont dit d’aller chercher du fromage sur internet pour donner à manger à ceux qui crient et qu’ils arrêtent de crier et qu’ils nous laissent écouter de la musique et regarder des films sur internet. Mais les les gens qui crient très fort, ils ont crié encore plus fort je sais pas pourquoi. Peut être qu’ils étaient habitués à leur vieux fromage, ils en voulaient pas un nouveau.

Hervé Dévé, il s’est battu comme un lion -c’est lui qui l’a dit- pour mettre des tapettes à souris. Et puis les gens qui criaient très forts, ils ont dit, ben non, finalement, c’est pas bien les tapettes à souris.

Et puis comme les gens qui crient très fort, ils sont malins avec plein d’idées, ils en ont eu une autre, d’idée. Ils ont dit: si on peut pas envoyer les gendarmes chez les gens qui écoutent de la musique et regardent des films avec internet, et si on peut pas mettre des tapettes à souris, alors on va leur enlever internet. Mais les gendarmes ils ont pas voulu: ils ont dit qu’ils fallait respecter les droits des hommes, sinon ils allaient être punis. Alors le Président de la République, il a dit, “vous inquiétez pas” aux gens qui crient très forts et il leur a promis des nouveaux gendarmes plus coulants.

Mais attention, ce serait des gendarmes très intéressés aux droits des hommes, aussi. Le Président de la République, il s’intéresse beaucoup aux droits des hommes. En fait, les nouveaux gendarmes plus coulants, ils seraient juste plus intéressés aux droits des hommes qui crient très forts qu’aux droits des autres hommes. Ils s’appellent les adopis. Leur travail, c’est quand quelqu’un crie très fort parce que quelqu’un écoute de la musique sur internet, ils écrivent une lettre à sa maman et puis après ils enlèvent l’internet de toute la famille. Et puis aussi le téléphone et la télévision. Et puis les adopis, ils sont plus forts que Superman, parce que maman, elle a pas besoin de se déplacer ou de parler, elle peut même pas dire que c’est ma faute et moi je peux pas dire que c’est le voisin qui a rigolé avec le wifi pas protégé: l’internet et le téléphone et la télé, ils sont arrêtés tout seul. Fallait pas faire des bêtises avec le fromage des gens qui crient très fort.

Conclusion: je crois pas que les nouveaux gendarmes plus coulants de Nicolas, ils marchent mieux que les tapettes à souris ou les gendarmes de d’habitude. Les gens qui crient très forts, je crois qu’ils doivent aller chercher à manger ailleurs et arrêter de crier, parce que ça fait mal à la tête.

Benjamin, 8 ans – alias Florent Latrive
Photo: peasap sous licence Creative Commons

Et si la gratuité de la musique permettait enfin de rémunérer les artistes de façon juste?

Samedi 9 février 2008

Je reprends ici un texte de Elfan.

Je dĂ©teste le mot Gratuit, ce mot qui n’existait auparavant que pour dĂ©signer un acte dĂ©sintĂ©ressĂ© (un geste gratuit) a aujourd’hui Ă©tĂ© dĂ©pouillĂ© de son sens par la publicitĂ© pour continuer d’imposer des produits ou des idĂ©es en reportant les couts sur les consommateurs de façon indirecte.

Ainsi nous recevons ‘gratuitement’ des prospectus dans notre boite aux lettres, les entreprises qui les fabriquent ne paient mĂŞme pas leur Ă©limination une fois Ă  la poubelle puisque nous en devenons propriĂ©taire en les trouvant avec le courrier.
Cout de ces dĂ©chets par an pour la collectivitĂ© (c’est Ă  dire payĂ© par les impĂ´ts locaux): 110 millions d’euros.

Pareil lorsqu’on nous offre des Ă©chantillons, c’est de la pub et 100% de son prix est reportĂ© sur le consommateur lors de l’achat des produits. En tout par an ça reprĂ©sente 1200 euros par foyer de 4 personnes.

Ces 1200€ que chacun paye comprennent aussi l’Ă©dition des journaux gratuits qu’on nous distribue. C’est donc une idĂ©ologie que l’on paye Ă  chaque fois que l’on achète un objet vendu par une pub : celle du journalisme qui place les cĂ©lĂ©britĂ©s au mĂŞme niveau que la paix et qui rĂ©pète chaque jour le mĂŞme mensonge croissance=emploi.

Un beau spectacle le bus de nos jours une masse d’autistes protĂ©gĂ©s derrière le mĂŞme journal alors qu’ils pourraient s’Ă©changer des titres diffĂ©rents, isolĂ©s grâce Ă  leur portable en pianotant sans conviction, c’est quant la dernière fois que vous avez fait causette avec un inconnu dans le bus ?

Le tĂ©lĂ©chargement permet d’obtenir des chansons sans les payer, l’industrie du disque se bat corps et âme (sic) contre. Mais attendez on parle d’industrie du disque la, quel rapport avec la musique ? Dans le magazine Epok de la fnac, on nous rĂ©vèle enfin le coĂ»t de fabrication d’un CD en Euros (le dernier Thomas Fersen, ce qui concerne la pub est en gras) :

Prise de son : 13 500
Montage : 7 000
Mixage : 19 000
Loc matos : 450
Repas : 1 625
Fournitures (CD vierges, disques durs) : 3 000
Salaires : 75 230 (4 musiciens, une chorale, ingĂ© son, chanteurs, backliner…)
Création graphique : 31 500
Budget de lancement : 12 000 (mini concerts, déplacements télé)
Achats pubs : 140 000
Points de prĂ©sence magasins : 25 000 (corners, plv, points d’Ă©coute)
Affichage : 22 000
Communication sur les concerts : 45 000
Clip : 40 000
Spot tv : 5 000
Photos presse : 3 000

1er point si ça c’Ă©tait la norme pour le coĂ»t d’un album, alors il n’existerai absolument aucun label indĂ©pendant. Heureusement maintenant on peut faire un album de l’enregistrement au pressage avec un ordinateur. Un label connu comme AnotherRecord peut sortir un artiste avec un budget de 1000€.

Second point sur un total de 443 305 euros on en gaspille 323 500 pour le matraquage publicitaire (affichage, payer des gens pour parler du disque à la télévision, à la radio et dans les journaux)!
Dans l’industrie du disque les Âľ du budget sont donc consacrĂ©s Ă  imposer un disque au plus grand nombre tout en faisant de l’ombre Ă  ceux qui n’ont pas 300 000 euros pour qu’on les voit partout.
Pendant ce temps dans le monde de la musique les groupes sont connus grâce au bouche à oreille, aux concerts, internet et aux fanzines.

Bref rien Ă  voir ! Pourtant le quidam moyen n’entend parler que de cette industrie puisque dans notre sociĂ©tĂ© tout les mĂ©dias classiques sont justement financĂ©s par la pub. Les majors peuvent donc s’inviter Ă  dire « La musique gratuite tue »et pleurnicher sans aucun complexe (voir la rĂ©action d’un artiste Ă  ce sujet).

Au final les artistes non mĂ©diatisĂ©s, ceux capables de sortir un CD pour moins de 10 000 euros (notre dĂ©mo nous avait coutĂ© 250 euros, pour notre dernier album on s’est offert 4 jours en studio et pressĂ© 500 exemplaires pour moins de 2000€) reprĂ©sentent en terme de parts de marchĂ© 5% des ventes de disques en France alors qu’ils reprĂ©sentent au moins 90% des groupes existants!


Un tableau affligeant quant Ă  la diversitĂ© du ‘marchĂ©’ musical.

Et pourtant ces 5% reprĂ©sentent des gens qui s’investissent de plein de façons, souvent par passion et souvent de façon gratuite, volontairement ou pas vu que les majors s’accaparent tout l’argent que le public consacre a la musique. En tout cas il ne faut pas chercher a vivre d’une telle passion aujourd’hui (alors que le mĂ©tier de musicien doit ĂŞtre l’un des moins nuisibles qui soit!).

Un changement important est que des groupes commencent Ă  fuir la SACEM et Ă  mettre toutes leur chansons en tĂ©lĂ©chargement gratuit sur internet (c’est de la musique libre, souvent sous des licences libres), ça ne veut pas dire qu’ils ne peuvent pas gagner d’argent, au contraire. Comme internet n’est pas encore contrĂ´lĂ© comme le sont les autres mĂ©dias, les groupes ont lĂ  l’occasion de toucher le public qui leur a Ă©tĂ© confisquĂ©.
Plus encore dans la scène punk/hardcore ce système Ă  un sens grâce Ă  notre soit disant unitĂ©; on Ă©coute ce qu’on veut d’abord et ensuite on est libre de soutenir les artistes comme on le souhaite. Ces initiatives se multiplient et les labels jouent le jeu, mes premiers morceaux tĂ©lĂ©chargĂ©s lĂ©galement Ă©taient par exemple ceux d’Antimaniax alors qu’ils sont chez HouseHoldName records.

En pratique ce soutien se fait depuis longtemps par l’achat de CD, vĂŞtements et autres lors des concerts, c’est comme ça que je finance mes groupes prĂ©fĂ©rĂ©s lorsqu’ils passent dans ma ville, « voilĂ  de l’argent, en espĂ©rant que ça vous permette de revenir bientĂ´t ! ». Parfois je ne suis pas fan musicalement d’un groupe mais je suis touchĂ© par ce qu’ils sont, je leur achète une bricole et ça me fait un truc Ă  offrir.

Une autre façon plus moderne de soutenir un groupe selon ses moyens est le paiement en ligne, avec sa dĂ©mocratisation on pourra directement donner ce qu’on veut en trois clicks sans que le groupe ni la personne voulant donner ne paye quelqu’un d’autre.
Tu viens de tĂ©lĂ©charger un album ? GĂ©nial ? Balance 5 euros. Si tes riche file en 20 ! Tas pas une tune tu peux bien lâcher un euro Ă  ton groupe prĂ©fĂ©rĂ© non ? T’aimes pas ? Donne 10 centimes pour l’encourager. Quoi ça fait pingre 10 c ?! Stop, voici une petite mise au point sur le paiement en ligne Ă  travers 2 mondes diffĂ©rents:

Le monde de la musique:
Vous venez de dĂ©couvrir par hasard un groupe super sur ce myspace libre et sans pub qu’est La Citerne, vous donnez un Euro qui va intĂ©gralement Ă  l’artiste. Vous gravez l’album entier que vous venez de tĂ©lĂ©charger en toute lĂ©galitĂ©, vous l’Ă©coutez oĂą vous voulez et le prĂŞtez aux amis.
Les artistes que vous avez payĂ© dĂ©cident Ă  leur façon de partager l’argent avec leur label et autres, c’est leur problème. D’ailleurs certains pensent que ce financement sans intermĂ©diaires est plus efficace que l’achat de CD pour soutenir les artistes hors Majors..

L’industrie de la musique:
Vous cherchez une chanson que vous avez entendu Ă  la radio sur internet. Grâce Ă  l’achat des liens publicitaires le moteur de recherche vous dirige vers Itunes par exemple. Que vous soyez riche ou pauvre il faut payer un euro pour une chanson. Cet euro est repartit entre de nombreux requins et au final l’artiste touchera 3c (soit 33 fois moins que sur l’exemple prĂ©cĂ©dent pour le mĂŞme investissement de dĂ©part!). Vous ne pourrez pas graver de CD Ă  cause des protections anti copies. Vous ne pourrez Ă©couter la chanson que sur un Ipod, lĂ©gitimĂ© par un budget publicitaire colossal.
Bien sur, les pubs ne prĂ©cisent pas que ces objets sont fabriquĂ©s par un village de 20000 chinoises (plus dociles que les hommes) qui ne quittent mĂŞme pas leur usine pour dormir. Une fois dĂ©modĂ©s, les anciens Ipods sont dĂ©montĂ©s par des Indiennes qui travaillent les mains dans l’acide. J’y pense parfois en croisant des jeunes consommateurs dociles avec le casque au oreilles dans les transports, certains Ă©coutent mĂŞme du punk.

Si vous donnez 6 centimes direct Ă  un artiste pour une chanson c’est 2 fois plus que ce qu’il recevrai via un site de vente en ligne comme itunes alors que la chanson coute 1 euros !!

On commence Ă  s’approcher de tels systèmes de dons sur le net avec Paypal par exemple (mais c’est pas la panacĂ©e car Paypal prĂ©lève 56c Ă  chaque transaction). Ainsi des artistes pourront se retrouver avec du financement direct qu’ils pourraient ensuite dĂ©cider Ă  leur façon de partager avec leur label, studio…

D’autres groupes vont encore plus loin comme les joliment nommĂ©s Bomb The Music Industry.
Ils se refusent Ă  sortir le moindre CD et ont malgrĂ© tout 4 albums sur internet (ils demandent simplement aux gens qui viennent Ă  leurs concerts d’apporter un CD vierge pour qu’ils leur gravent toutes leur chansons). Aussi ils n’ont strictement rien Ă  vendre, ils apportent juste des feutres et des bombes pour dĂ©corer les T-Shirts blancs qu’on leur apporte ! Comment font ils alors ? Ils comptent sur des ĂŞtres humains et pas sur des consommateurs, ils ont ce mot sur leur site :
FEED THE MUSIC INDUSTRY!
The catch? Yeah. By not selling merch we SERIOUSLY cut into our ability to eat, drink and sleep on tour. Being that these are functions deemed necessary by the « FDA » and our « FRIENDS », we ask for a little bit of help. If you can let us crash at your house, that’d be dope. If you work at a restaurant or like bringing food to shows, bring us some food. If you are desperately lonely and itching to drink with someone besides yourself, buy us a drink. For real, ya’ll, we’re poor. We’re not making much. Help us out and we’ll be able to continue posting all of our songs for free. It’s called a SCENE, you guys. Check out MYSPACE IF YOU DON’T UNDERSTAND.

Le monde est tel qu’il est Ă  cause de la façon dont on dĂ©pense notre argent. C’est cette prise de conscience que la pub combat fĂ©rocement en deresponsabilisant les gens.
Vous voulez crĂ©er des emplois, c’est facile il suffit de fuir tout ce qui est gros pour le local, on connait l’exemple de la grande distribution qui a tuĂ© tout les commerces de proximitĂ©s (3 emplois de villages dĂ©truit pour un emploi créé dans un supermarchĂ© en banlieue).

La musique, les livres, les vĂŞtements, tout est pareil, acheter un CD Ă  une major c’est lui donner les moyens dĂ©mesurĂ©s qu’elle possède pour continuer Ă  imposer des produits Ă  un public gavĂ© de pubs.

Bref dans notre cas nous mettons nos chansons en ligne gratuitement, on vend malgrĂ© cela pas mal de CD a prix libre Ă  nos concerts et avec l’argent on grave ou presse simplement d’autres CD et on paye pĂ©age et essence pour partir en tournĂ©e ! Nous on a des boulots mais c’est pas le cas de pleins de groupes que vous croisez sur le net ou les concerts, beaucoup ne veulent pas rĂ©ussir mais simplement vivre de leur passion et ça ça dĂ©pend de nous tous !
Soyons solidaires !

« Nous sommes des sauvages… »

Mardi 4 décembre 2007

Je reprends ici un article intéressant de Joseph Paris de Ralamax.

Nous sommes des sauvages…

Le patron de la fnac rend son rapport, les Majors signent, le chef de l’Etat prophĂ©tise « l’avènement d’un Internet civilisĂ© »… bienvenue au Far Ouest !

Denis Olivennes, patron de la Fnac a été chargé par Nicolas Sarkozy de rendre un rapport sur l’inévitable problème du téléchargement d’œuvres sur Internet.

Nous ne nous attendions Ă©videmment pas Ă  ce que le rendu de ce rapport soit autre chose qu’une tentative de plus pour dĂ©fendre les intĂ©rĂŞts des Majors (La Fnac Ă©tant une filiale du groupe PPR – Printemps Pinault Redoute) ; le belliqueux rapport (pdf) se traduit par un accord signĂ© et applaudit par les Majors.

C’est avec ce vocabulaire coutumier du personnage que Nicolas Sarkozy a tenu un discours devant le monde de la culture et des tĂ©lĂ©coms : « trou noir », « clonage », « assĂ©cher », « engloutir », « ruine », « destruction » en sont des mots choisis.

Au delĂ  d’une « vĂ©ritable destruction », l’homme de main des Majors ne peut s’empĂŞcher d’y voir une « nĂ©gation du travail » : c’est d’une ironie particulièrement malsaine dans une industrie dont le fondement mĂŞme ignore les artistes et pille leurs ressources (le protocole de rĂ©partition des droits de la Sacem, par exemple, est ostensiblement favorable aux sociĂ©taires coutumiers du Top 50)…

N’ayant pas peur de radoter, Sarkozy attribue au thème du tĂ©lĂ©chargement illĂ©gal la mĂŞme dialectique que celle qu’il rĂ©servait Ă  l’immigration ou Ă  la dĂ©linquance : « Pourquoi le citoyen ordinaire, habituellement respectueux de la loi, prĂ©fĂ©rait s’approvisionner dans des entrepĂ´ts clandestins » dit-il, tout en parlant de « comportements moyenâgeux » et de « vol Ă  l’étalage« …

Mais là n’est pas plus grave, parfois celui qui exerce le pouvoir est porté à croire que cette position le dispense du minimum d’élégance et de courtoisie, nous pourrions pour cette fois lui pardonner cette faute de goût si cela ne s’accompagnait pas d’une flagrante prétention à donner des leçons de civilisation.

Dans la triste histoire de la France il y a la colonisation. N’ayant pas peur des mots (et c’est un comble), Nicolas Sarkozy dit saluer dans cet accord un « moment dĂ©cisif pour l’avènement d’un Internet civilisĂ©« , ainsi « la France va retrouver une position de pays « leader » dans la campagne de « civilisation » des nouveaux rĂ©seaux  » dit-il avant de conclure manquant de s’étrangler de dĂ©magogie : « Il faut qu’Internet soit une fenĂŞtre civilisĂ©e ouverte sur toutes les cultures du monde ».

Sarkozy veut donc « civiliser » Internet, dĂ©nonçant « un « Far Ouest » high-tech, une zone de non droit oĂą des « hors-la-loi » peuvent piller sans rĂ©serve ».

Il serait pourtant bien inspirĂ© de s’appliquer Ă  lui mĂŞme cette mĂ©taphore : en effet, le rapport commandĂ© par sa MajestĂ© qui sera suivit d’un texte de loi prĂ©voit de donner Ă  certains l’autoritĂ© de faire justice eux-mĂŞmes (envois d’emails de menace, suspension de l’abonnement internet…).

Faire justice soi-mĂŞme… C’est bien lĂ  une pratique prĂ©cisĂ©ment non-civilisĂ©e qui avait lieu commun au Far Ouest…

Cet évènement est donc une bien triste nouvelle pour les artistes et les internautes.
Il y a des initiatives telles que celles de Dogmazic et Boxson pour la musique libre, InLibroVeritas pour la littĂ©rature, et Ralamax Prod pour le cinĂ©ma libre qui offrent aujourd’hui dans l’art libre une sortie crise Ă©vidente et naturelle. C’est sans surprise que le rapport Olivennes Ă©carte cette solution : quand on dirige la Fnac et qu’on publie « la gratuitĂ© c’est le vol », il ne faut pas s’attendre Ă  des Ă©clairs de bon sens… (le malheureux Proudhon doit se retourner dans sa tombe..)

A propos de civilisation une question subsiste : doit-on considérer les artistes libres comme des sauvages parce qu’il encouragent le téléchargement et la copie légale de leurs oeuvres ?

Comme au Far Ouest, les sauvages véritables sont bien souvent ceux qui se prétendent civilisés..

Joseph Paris.

Copyleft : article sous licence Art Libre

Sources :

Le discours complet de Nicolas Sarkozy

L’accord Olivennes (PDF)

La liste des signataires


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