Archive pour la catégorie ‘Activisme’

« Lettre ouverte à la communauté du libre »

Vendredi 28 mars 2008

Voici un texte rédigé par Ralamax.net

Militante, militant, utilisateur, sympathisant, curieux du logiciel, de la culture et de l’art libre, cette lettre s’adresse à vous.

Nous avons à vous exposer un projet qui saura sans doute retenir votre attention. Nous avions prévu au début de diffuser un simple communiqué mais nous avons choisi la formule d’une lettre, car l’ambition et l’éthique du projet en question exigent naturellement de s’adresser à vous sur ce ton plus personnel.

Nous avons eu il y a quelques temps une idée folle, c’est une heureuse chose que cette idée se rapporte au Libre et à l’Art car ce sont bien des endroits où sont permises les idées folles.

Nous sommes Ralamax Prod, nous avons déjà produit et distribué quelques films sous licences libres et licences ouvertes (Le Bal des Innocents, A Story of Healing, Good Copy Bad Copy, 3263, Bordel 2.0, A Point) et nous avons aujourd’hui un projet de long métrage : Varsovie-Express.

Considérons dès à présent ce film comme un voyage. La finalité de ce voyage étant de sortir ce film en salles, dvd et sur Internet sous Licence Art Libre. Ou plutôt, il ne s’agit pas d’un film, mais de plusieurs films, car nous allons mettre tous les rushs* à disposition, encourageant la réutilisation et le remontage pour décliner le film en plusieurs versions. C’est une des joies du Libre, que de disposer des autorisations de modification, de transformation et d’adaptation d’une œuvre, mais nous vous proposons de pousser le plaisir encore plus loin en participant avec nous à la réalisation de ce film.

Nous avons voulu que ce film soit collaboratif, qu’il se fasse avec la participation de chacun : mise en scène, repérages, bande originale, décors, storyboard, logistique… Nous avons besoin de vous, chacun peut contribuer avec ses compétences et spécialités.

Nous avons travaillé ces derniers temps sur la mise au point d’un studio de développement en ligne pour accueillir vos contributions, avec l’aide d’une petite communauté qui a testée la version beta du site. C’est maintenant que Varsovie-Express prend son envol.
Le budget définitif du film n’est pas encore établi, néanmoins nous négocions dès à présent des coproductions. Et là aussi nous avons besoin de vous : prenez vous-même l’habit du producteur, vos promesses de don peuvent constituer un apport non négligeable pour convaincre un coproducteur.

Le scénario de Varsovie-Express expose le voyage d’un jeune écrivain de Paris à Varsovie. Considérez la présente lettre comme une invitation au voyage…

Ralamax Prod
* Les rushes d’un film sont constitués des documents originaux (bobines de film, bandes sons, cassettes vidéo) produits au tournage et issus de la caméra et de l’appareil d’enregistrement sonore.
Ce sont les documents uniques, bruts, qui seront utilisés au montage et en postproduction.

Le monde dépendra-t-il de la culture libre ?

Lundi 10 mars 2008

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Earth
(Voir la version originale, diaporama ou anglaise)

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Camera

Depuis Elephants Dream1 en 2005 la scène Creative Commons de la création audiovisuelle aux exigences professionnelles est restée quasi déserte. Deux ans et demi après l’image de synthèse c’est le documentaire qui fait son baptême du feu. En effet, depuis peu un projet présente une série de documentaires professionnels, ayant pour vocation d’être diffusés sous licence(s) Creative Commons, et entièrement réalisés avec des logiciels libres. Ces documentaires sont en cours de production et dureront au total entre 90 et 120 minutes. De nouvelles vidéos font régulièrement leur apparition sur le site, ils traitent des mouvements non-violents récents et historiques en Inde.

  1. Producteur : Ton Roosendaal ; Réalisateur : Bassam Kurdali ; Licence : Creative Commons Attribution ; Durée : 10 minutes 54 secondes ; Budget : 120 000€ ; Site Web.

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Elements should be

Mais, si la création libre est quasi inexistante dans le milieu professionnel, n’est-ce pas parce qu’elle est incompatible avec le professionnalisme ? N’est-ce pas justement le volontariat qui caractérise la culture libre ?

Le besoin de culture est une caractéristique fondamentale de l’humanité, comme le besoin de se nourrir, de respirer et de boire. L’intérêt de l’homme pour la culture est instinctif, l’aspect volontaire de la culture est donc inné, inaliénable et primordial. Mais par dessus les caractéristiques de la société humaine s’ajoutent et s’imbriquent une multitude d’activités, parmi elles les activités professionnelles, commerciales et industrielles. Parfois ces activités peuvent avoir des conséquences directes ou collatérales désastreuses sur les domaines auxquels elle s’appliquent. La famine, et la pollution de l’air et de l’eau en sont les sinistres exemples relativement à nos besoins de se nourrir, de respirer et de boire.

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Elements are

Puisqu’il est le socle de la culture le volontariat n’est pas en opposition au professionnalisme, mais à travers lui il peut aiguiller le commerce et l’industrie pour éviter un autre désastre, culturel cette fois.

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Webcam/DVCAM

Ses activités humaines peuvent s’interconnecter et dépendre d’autres activités. De par son caractère essentiellement basé sur le volontariat la culture libre est dépendante de temps, et d’argent. Elle évolue donc au gré de ses dépendances : le temps libre, la charité, le mécénat, les subventions, etc. Or la dépendance est l’opposé de la liberté, donc contradictoire avec cette culture qui se définie comme libre. Pire que la dépendance avec d’autres activités, elle peut aussi être en conflit, comme c’est le cas avec l’industrie du divertissement. Ce conflit est le résultat d’une oppression législative et technologique liberticide menée contre les internautes par l’industrie. Ça fait donc seconde contradiction avec la culture libre.

Pour être à la hauteur de ses idéaux de liberté, la culture libre doit donc trouver des solutions face à ces interconnexions qui peuvent être handicapantes, voire nocives. En développant des activités pour ce dont elle dépend, ce qui concerne le temps et l’argent la professionnalisation semble être un atout, et en trouvant un système de coexistence avec les activités conflictuelles, voire mieux une compatibilité.

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Round/Box

Le modèle économique de l’industrie du divertissement consistait à faire payer l’accès au contenu via la vente de Vinyls et de VHS, et c’est ce qu’elle tente de faire aussi sur Internet. Or avec Internet nous avons déjà cet accès, ce qu’on n’a pas c’est le droit de l’utiliser selon les principes de la culture libre : copie, diffusion et modification sans restriction. À quoi bon vouloir nous vendre un accès qu’on a déjà ? Pourquoi ne nous vendrait-elle pas plutôt ce qui nous manque : le droit de copier, diffuser et de modifier sans restriction ? La culture libre tirerait alors la situation à son avantage car c’est l’industrie qui deviendrait dépendante d’elle. Si cette hypothèse devenait une réalité c’est le monde lui même qui serait alors dépendant de culture libre, c’est pourquoi le présent project de documentaire propose des solutions pour concrétiser cette hyposthèse.

Cette vision est beaucoup moins romanesque que celle de la culture libre underground et du volontariat. Mais elle n’a rien de contradictoire, au contraire, en étendant son influence le socle volontaire de la culture libre éloigne les menaces qui pèsent sur elle. Payer de sa personne sur son temps personnel ou avec son argent revient au même. C’est la même motivation, la même sueur, pour la même liberté.

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Cultural bottleneck

Le système traditionnel fait payer pour l’accès au contenu, en aval de sa publication. Or la culture libre ayant pour vocation d’être libre d’accès peut difficilement se permettre ce type d’approche limitant l’accès. Il lui faudrait donc un système qui finance une création en amont de sa publication, pour pouvoir la laisser vivre sa vie sur Internet, sans restriction et pour l’éternité.

C’est pourquoi ce projet de documentaires propose plusieurs méthodes de participation comme la promotion, la traduction, le montage, la programmation, etc. et parallèlement un mode de financement original, nommé « funding and licensing » par l’équipe de Creative Commons. Ce modèle a souvent été théorisé mais jamais appliqué sur un projet de cette envergure. Le budget du film a simplement été divisé en trois paliers, à chaque fois que le cumul des entrées d’argent (dons, partenariats, etc.) franchit un palier, une licence Creative Commons plus permissive est appliquée.

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Hollywood shortcuts

Comme toute production professionnelle, ces documentaires engendrent des coûts incompressibles. Mais une réduction significative du coût total de production a été permise par le travail collaboratif, le contournement de nombreux intermédiaires et l’utilisation exclusive de logiciels libres. Le revers de ces économies est que certains contournements éloignent les possibilités de financement traditionnels, comme la redevance, la taxe sur les supports vierges, les droit d’auteurs (e.g. SACEM), bénéfices de la publicité télévisuelle, etc.

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Trusted ear

Comme ce projet défend directement le public et ses libertés, l’idée que le public soutienne directement en retour sa viabilité, sa liberté et son indépendance tombe à première vue sous le sens. Public et créateurs faisant directement équipe, chacun y trouverait son compte : une culture libre dans les deux sens du terme, libre d’utilisation par les licences Creative Commons, et libre de parole par l’indépendance des créateurs. Sans compter que les économies réalisées en contournant certains intermédiaires réduiraient aussi les munitions visant à menotter les internautes : moins de fonds pour le lobbying parlementaire (voire directement dans l’Assemblée), et moins de fonds pour développer des technologies comme les DRM.

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Ads

Malgré tout le bon sens que ce raisonnement peut laisser transparaître, il y a un hic… celui de la gratuité. En effet, malgré les milliers de publicités1 ingurgités chaque jour par nos cerveaux respectifs, leurs prix répercutés sur nos achats quotidiens (comparables à celui de la TVA2, voire beaucoup plus3), représentant la première dépense mondiale (1 200 milliards d’Euros en 20044), nous avons le sentiment que tout est gratuit. Ce sentiment nous coûte en réalité très cher, ne serait-ce qu’en temps de cerveau disponible pour TF1 et en kilomètres cube de coca5. Car une partie infime de ces milliers de milliards d’Euros annuels — que nous payons tous — est destinée à ce qui nous intéresse, la création.

Paradoxalement donc, accepter l’idée que rien n’est gratuit nous ferait faire de substantielles économies. Mettre la main à la poche ça rapporte ! Ajouté à cela un gain culturel qualitatif et quantitatif, un barrage au financement de la médiocrité universelle vendeuse de coca, tout en nous épargnant des dommages collatéraux liberticides.

  1. « En moyenne 3 000 annonces par jour » aux États-Unis en 2007 ; La publicité est partout (Réseau Éducation-Médias).
  2. 10% à 20% pour des produits d’hygiène et 10% à 15% pour des produits alimentaires en 1999 ; La publicité (Patrick Hetzel).
  3. Jusqu’à 8 653€ de frais publicitaire par voiture vendue en 2006 ; (Autoplus n°939).
  4. (Collectif des déboulonneurs).
  5. Déclaration de Patrick Le Lay, le PDG de TF1 : « Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision, mais dans une perspective business, soyons réaliste: à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. » ; Les dirigeants face au changement (Editions du Huitième jour).

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Non-violence in India

Mais qui donc est censé participer financièrement ?

La réponse devrait être : « celles et ceux qui ont une profonde envie de faire exister cette création ». C’est malheureux à dire, mais dans ce cas de la non-violence en Inde cela représente fort peu de monde.

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CD

Prenons par exemple l’industrie musicale traditionnelle. Sur dix personnes qui achètent chacune un album, combien l’ont fait par conviction profonde ? Une ou deux, peut être trois ? Un qui n’imagine pas une seconde vivre sans cet album, le « grand fan », et deux grands amateurs, juste fans. Les sept autres l’ont simplement fait pour y avoir accès, mais ayant aujourd’hui accès à l’album sur Internet, ils le pirateraient s’il n’était pas libre, ou ne seraient pas concernées par un financement libre « funding and licencing ». Sans compter des milliers d’autres qui n’auraient jamais acheté l’album même pour y avoir accès. Comme ils peuvent malgré tout le télécharger, ils le stockent parmi quelques autres téraoctets de fichiers, ça tombera peut-être en random sur une playlist un de ces jours… ça s’arrête souvent là.

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Concert

C’est donc sur les trois fans qu’il faut compter. Il est difficile de comparer un budget avec un prix de vente dont le nombre est variable, mais faisons une moyenne grossière. Sur un nombre moyen de ventes dans le système traditionnel, en arrondissant généreusement, le salaire des artistes représente 15% du prix de vente1. Et tout aussi généreusement le budget logistique incompressible représente 15%. Comme le démontre le projet de documentaires évoqué les salaires et la logistique suffisent à faire vivre la création, par financement direct. Admettons donc que le prix de vente cet album soit de 20€ dans le système traditionnel, les dix personnes auraient payé un total de 200€. Dans le cas d’un « funding and licencing » libre les trois fans devraient donc assumer 30% soit 60€. Le grand fan est prêt à payer un peu plus que le prix habituel : 30€. Parce qu’il est grand fan, sait que son argent est bien investi, et est en contact beaucoup plus étroit avec son idole. Ce contact peut se traduire par des dédicaces, remerciements sur la pochette, avant-première, etc. Enfin les deux autres fans sympathisants sont prêts à payer, mais un peu moins que le prix habituel : 15€ chacun. Cette approche semble tout à fait raisonnable, et le compte y est.

  1. Détail du prix de revient du CD de Thomas Fersen ; Coût de production : 555 000€ ; Prix de vente : 17,99€ ; (Magazine Epok) :
    • Prise de son : 13 500€
    • Montage : 7 000€
    • Mixage : 19 000€
    • Location de matériel : 450€
    • Repas : 1 625€
    • Fournitures (CD vierges, disques durs) : 3 000€
    • Salaires : 75 230€ (4 musiciens, une chorale, ingénieur son, chanteurs, backliner…)
    • Création graphique : 31 500€
    • Budget de lancement : 12 000€ (mini concerts, déplacements télévision)
    • Achats publicitaires : 140 000€
    • Points de présence magasins : 25 000€ (corners, publicité sur le lieu de vente, points d’écoute)
    • Affichage : 22 000€
    • Communication sur les concerts : 45 000€
    • Clip : 40 000€
    • Spot télévision : 5 000€
    • Photos presse : 3 000€
    • Maison de production : 110 000€ (25% du sous-total de 443 305€)

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Soccer

Pourquoi les fans paieraient-ils pour les autres ?

Chacun d’entre nous existe à travers ses goûts, ils font partie de notre chair et de notre identité. On ne paie pas nécessairement pour les autres, mais pour faire exister nos goûts, les faire connaître, les partager et être reconnus en tant qu’individus. C’est une question que l’on se pose pas lorsqu’on est fan. Si on aime le foot par exemple, il est naturel de supporter son équipe préférée, on apprécie le jeu de toutes les équipes mais on ne les soutient pas. On est d’autant plus heureux que les fans d’autres équipent s’intéressent à la nôtre. Les autres équipes sont elles mêmes supportées par d’autre supporters, et tout le monde est d’autant plus heureux de pouvoir profiter du spectacle. C’est une forme de compétition créative, bon enfant : « Qui saura le mieux supporter son équipe ? ». Chacun d’entre nous serait donc prêt à supporter les créations libres, mais seulement celles que l’on aime par dessus tout. Les goûts de chaque individu sont uniques, il faudrait donc une palette de choix très large pour faire vivre un tel système, de façon équitable par rapport à l’ensemble du public, et viable économiquement.

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Watering

Or il y a une vraie carence en matière de choix au sujet de la création audiovisuelle libre aux exigences professionnelles. C’est pour ça qu’en l’état actuel des choses la réponse ne peut être « celles et ceux qui ont une profonde envie de faire exister cette création ». Pour que ce choix existe il faut qu’il y ait une demande de liberté, cette dernière étant quasi inexistante il faut la créer. Ce n’est donc pas aux seuls fans mais dans un premier temps à tout ceux qui ne souhaitent plus être les victimes de la répression sur Internet, ne plus gaspiller leur argent, et souhaitent que la culture libre ne soit plus l’exception mais la règle de le faire. Aujourd’hui chacun devrait soutenir les initiatives de créations libres, par delà les goûts. Et ce jusqu’à ce que le choix soit suffisamment vaste pour que l’on ne contribue plus par bon sens, mais instinctivement, en grand fans, pour les seules créations que l’on aime réellement.

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Caravan

Lawrence Lessig, fondateur de Creative Commons a soutenu ce projet de documentaires depuis le premier jour, en devenant le premier donateur en ligne. Ton Roosendaal, producteur d’Elephants Dream a fait part des ses encouragements à l’équipe qu’il qualifie de « pionnière ». De même que Mark Shuttleworth, leader d’Ubuntu, qui la qualifiée d’« extrêmement censée ». Et enfin Richard Stallman, parrain du logiciel libre et théoricien de l’encyclopédie libre devenue Wikipédia, a fait part de son intention de promouvoir le projet pour le franchissement des deux derniers paliers, plus libres. De part sa jeunesse le projet ne semble pas encore être bien connu hors du cercle des initiés, cependant la Fondation Wikimedia a fait savoir à l’équipe qu’elle ouvrirait une section dédiée à la promotion de projets de ce type, c’est une piste.

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« Tout homme bien portant peut se passer de manger pendant deux jours, — de poésie, jamais ».Charles Baudelaire (Conseils aux jeunes littérateurs, 1846).

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Copyright
Combien de temps sans liberté ?

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thenyouwin.yooook.org

Un projet de documentaires libres.

blankCamille Harang 2008 Creative Commons License GNU Free Documentation License

Works: Earth, Fruits, Clouds, Water, Starved, Pollution, Factory, Field, Bottleneck, Hollywood, Concert, Stadium 1, Stadium 2, Watering, Caravan.

NiN publie Ghosts I-IV en CC by-nc-sa !

Jeudi 6 mars 2008

(eng below) Depuis la publication de la Philosophie de la Musique libre en 1994, et l’apparition de la Licence Art Libre en 2000, puis des Creative Commons en 2002, des centaines de milliers de musiciens ont emprunté cette voie, et répandu par millions de morceaux « une musique individuelle au lieu d’une musique pour les masses » (1). Aujourd’hui Trent Reznor les rejoint, en publiant Ghosts I-IV, le nouvel album de Nine Inch Nails.

Trent Reznor, ce n’est pas nouveau, n’est pas content du tout du sytème actuel de l’industrie musicale, l’a déjà fait savoir et a déjà franchi des pas concrets, comme la production de l’album de Saul Williams Niggy Stardust (100 000 téléchargement offerts, puis vente directe, à prix équitable, sur le site de l’artiste directement). Et voici : on lit sur http://ghosts.nin.com/main/faq : « Ghosts I-IV is licensed under a Creative Commons Attribution Non-Commercial Share Alike license. An exciting partnership and experience regarding this release will be announced soon. » Les morceaux seront donc librement copiables, partageables, on pourra s’en inspirer, les remixer, sampler, pourvu qu’on cite l’auteur (by attribution), qu’on redistribue sous la même licence (share alike) et gratuitement (non commercial : réservant donc la possibilité d’en faire commerce, soumise à autorisation expresse. Une des restrictions de certaines licences Creative Commons les empèchant de mériter tout à fait le terme de « libre » – vieux débat que nous n’évoquons qu’en passant). Reznor annonce un partenariat et une expérience liées à cette publication sous CC. Mise des morceaux à disposition sur CC mixter ? Création d’un netlabel CC ? Autre chose ? Un projet de plus qui viendra renforcer la visibilité des licences libres ; à suivre.

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eng: Since Free Music Philosophy was published in 1994, since the launch of Free Art License in 2000 and Creative Commons in 2002,hundreds of thousands of musicians adopted free licenses, releases millions of tracks of what may be named « individual music instead of music for the masses »(1′). Now Trent Reznor joins the movement with Ghosts I-IV, the new NiN’s release.

It’s no big news Reznor strongly disagrees with music industry nowadays actions and stances. He has already said it quite adamantly, and crossed concrete steps, such as production and release of Saul Williams’ Niggy Stardust with Saul Williams (100.000 gift downloads then direct online order on the proper musician’s site, at fair price). And there it is: one reads on http://ghosts.nin.com/main/faq : “Ghosts I-IV is licensed under a Creative Commons Attribution Non-Commercial Share Alike license. An exciting partnership and experience regarding this release will be announced soon.” NiN’s music to freely share, copy, to freely inspire from, remix, re-use, provided: you quote the author (by attribution), distribute it under same license granting same rights (share alike) and be it for non commercial use (which condition may be waived only with express and formal agreement of the author. here is one restriction of some CC licenses impeding it deserving totally the « free » denomination – old debate we won’t re-launch now). What is now this « exciting partnership and experience regarding this release » Reznor is tantalizing us with? Release of the tracks on CC mixter? Launching of a CC netlabel? What else? One more initiative that will reinforce the visibility of free licenses. Soon more on this.

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(1) Autorisons-nous ce rappel, à l’occasion de l’annonce sur fmpl.org d’une prochaine version de la FMPL (eng) : « Nous verrons peut-être surgir une musique individuelle au lieu d’une musique pour les masses. Étant donné le mode de diffusion de votre musique sur Internet, vous enrichirez la quantité d’informations disponibles sur le réseau tout en atteignant des publics dont vous n’aviez jamais rêvé!
À plus long terme, la mainmise des grandes firmes sur la musique que les gens écoutent sera brisée. La musique est devenue une industrie institutionnalisée qui débite des produits musicaux. L’industrie musicale restreint le droit de reproduction et les autres usages de la musique de façon à augmenter le profit, mais le prix à payer est la limitation de la créativité. Cette situation va changer. Il est désormais possible pour les musiciens de diffuser leur message musical directement auprès de leur public grâce à la technologie de pointe, enrichissant à la fois l’artiste et le monde de la musique de toutes les façons possibles. La musique est un processus créatif et un monde d’idées et de passions ; ce n’est pas un produit. » (Philosophie de la musique libre)

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(1′) Let’s just point this out at the time of this exciting announcement on fmpl.org : a new version of FMPL is to come! : « Perhaps we can then see individual music instead of music for the masses. Given the nature of how you can spread your music around the Internet, you will be enriching the amount of information in the net as well as reaching audiences in ways you’ve never dreamt of before!
In a more futuristic sense, the major record label’s stronghold on what kind of music gets heard by the people will be broken. Music has become an institutionalised industry that churns out musical product. The music industry restricts copying and other uses of music in order to maximise profit, but this comes at a great cost, that of abridging the spread of creativity. This will change. It is now possible for performers to spread their musical message directly to fans via high-technology, thus enriching the artist and the music world in all possible ways. Music is about creative and passionate ideas. Not product. » (Free music philosophy)

Et si la gratuité de la musique permettait enfin de rémunérer les artistes de façon juste?

Samedi 9 février 2008

Je reprends ici un texte de Elfan.

Je déteste le mot Gratuit, ce mot qui n’existait auparavant que pour désigner un acte désintéressé (un geste gratuit) a aujourd’hui été dépouillé de son sens par la publicité pour continuer d’imposer des produits ou des idées en reportant les couts sur les consommateurs de façon indirecte.

Ainsi nous recevons ‘gratuitement’ des prospectus dans notre boite aux lettres, les entreprises qui les fabriquent ne paient même pas leur élimination une fois à la poubelle puisque nous en devenons propriétaire en les trouvant avec le courrier.
Cout de ces déchets par an pour la collectivité (c’est à dire payé par les impôts locaux): 110 millions d’euros.

Pareil lorsqu’on nous offre des échantillons, c’est de la pub et 100% de son prix est reporté sur le consommateur lors de l’achat des produits. En tout par an ça représente 1200 euros par foyer de 4 personnes.

Ces 1200€ que chacun paye comprennent aussi l’édition des journaux gratuits qu’on nous distribue. C’est donc une idéologie que l’on paye à chaque fois que l’on achète un objet vendu par une pub : celle du journalisme qui place les célébrités au même niveau que la paix et qui répète chaque jour le même mensonge croissance=emploi.

Un beau spectacle le bus de nos jours une masse d’autistes protégés derrière le même journal alors qu’ils pourraient s’échanger des titres différents, isolés grâce à leur portable en pianotant sans conviction, c’est quant la dernière fois que vous avez fait causette avec un inconnu dans le bus ?

Le téléchargement permet d’obtenir des chansons sans les payer, l’industrie du disque se bat corps et âme (sic) contre. Mais attendez on parle d’industrie du disque la, quel rapport avec la musique ? Dans le magazine Epok de la fnac, on nous révèle enfin le coût de fabrication d’un CD en Euros (le dernier Thomas Fersen, ce qui concerne la pub est en gras) :

Prise de son : 13 500
Montage : 7 000
Mixage : 19 000
Loc matos : 450
Repas : 1 625
Fournitures (CD vierges, disques durs) : 3 000
Salaires : 75 230 (4 musiciens, une chorale, ingé son, chanteurs, backliner…)
Création graphique : 31 500
Budget de lancement : 12 000 (mini concerts, déplacements télé)
Achats pubs : 140 000
Points de présence magasins : 25 000 (corners, plv, points d’écoute)
Affichage : 22 000
Communication sur les concerts : 45 000
Clip : 40 000
Spot tv : 5 000
Photos presse : 3 000

1er point si ça c’était la norme pour le coût d’un album, alors il n’existerai absolument aucun label indépendant. Heureusement maintenant on peut faire un album de l’enregistrement au pressage avec un ordinateur. Un label connu comme AnotherRecord peut sortir un artiste avec un budget de 1000€.

Second point sur un total de 443 305 euros on en gaspille 323 500 pour le matraquage publicitaire (affichage, payer des gens pour parler du disque à la télévision, à la radio et dans les journaux)!
Dans l’industrie du disque les ¾ du budget sont donc consacrés à imposer un disque au plus grand nombre tout en faisant de l’ombre à ceux qui n’ont pas 300 000 euros pour qu’on les voit partout.
Pendant ce temps dans le monde de la musique les groupes sont connus grâce au bouche à oreille, aux concerts, internet et aux fanzines.

Bref rien à voir ! Pourtant le quidam moyen n’entend parler que de cette industrie puisque dans notre société tout les médias classiques sont justement financés par la pub. Les majors peuvent donc s’inviter à dire « La musique gratuite tue »et pleurnicher sans aucun complexe (voir la réaction d’un artiste à ce sujet).

Au final les artistes non médiatisés, ceux capables de sortir un CD pour moins de 10 000 euros (notre démo nous avait couté 250 euros, pour notre dernier album on s’est offert 4 jours en studio et pressé 500 exemplaires pour moins de 2000€) représentent en terme de parts de marché 5% des ventes de disques en France alors qu’ils représentent au moins 90% des groupes existants!


Un tableau affligeant quant à la diversité du ‘marché’ musical.

Et pourtant ces 5% représentent des gens qui s’investissent de plein de façons, souvent par passion et souvent de façon gratuite, volontairement ou pas vu que les majors s’accaparent tout l’argent que le public consacre a la musique. En tout cas il ne faut pas chercher a vivre d’une telle passion aujourd’hui (alors que le métier de musicien doit être l’un des moins nuisibles qui soit!).

Un changement important est que des groupes commencent à fuir la SACEM et à mettre toutes leur chansons en téléchargement gratuit sur internet (c’est de la musique libre, souvent sous des licences libres), ça ne veut pas dire qu’ils ne peuvent pas gagner d’argent, au contraire. Comme internet n’est pas encore contrôlé comme le sont les autres médias, les groupes ont là l’occasion de toucher le public qui leur a été confisqué.
Plus encore dans la scène punk/hardcore ce système à un sens grâce à notre soit disant unité; on écoute ce qu’on veut d’abord et ensuite on est libre de soutenir les artistes comme on le souhaite. Ces initiatives se multiplient et les labels jouent le jeu, mes premiers morceaux téléchargés légalement étaient par exemple ceux d’Antimaniax alors qu’ils sont chez HouseHoldName records.

En pratique ce soutien se fait depuis longtemps par l’achat de CD, vêtements et autres lors des concerts, c’est comme ça que je finance mes groupes préférés lorsqu’ils passent dans ma ville, « voilà de l’argent, en espérant que ça vous permette de revenir bientôt ! ». Parfois je ne suis pas fan musicalement d’un groupe mais je suis touché par ce qu’ils sont, je leur achète une bricole et ça me fait un truc à offrir.

Une autre façon plus moderne de soutenir un groupe selon ses moyens est le paiement en ligne, avec sa démocratisation on pourra directement donner ce qu’on veut en trois clicks sans que le groupe ni la personne voulant donner ne paye quelqu’un d’autre.
Tu viens de télécharger un album ? Génial ? Balance 5 euros. Si tes riche file en 20 ! Tas pas une tune tu peux bien lâcher un euro à ton groupe préféré non ? T’aimes pas ? Donne 10 centimes pour l’encourager. Quoi ça fait pingre 10 c ?! Stop, voici une petite mise au point sur le paiement en ligne à travers 2 mondes différents:

Le monde de la musique:
Vous venez de découvrir par hasard un groupe super sur ce myspace libre et sans pub qu’est La Citerne, vous donnez un Euro qui va intégralement à l’artiste. Vous gravez l’album entier que vous venez de télécharger en toute légalité, vous l’écoutez où vous voulez et le prêtez aux amis.
Les artistes que vous avez payé décident à leur façon de partager l’argent avec leur label et autres, c’est leur problème. D’ailleurs certains pensent que ce financement sans intermédiaires est plus efficace que l’achat de CD pour soutenir les artistes hors Majors..

L’industrie de la musique:
Vous cherchez une chanson que vous avez entendu à la radio sur internet. Grâce à l’achat des liens publicitaires le moteur de recherche vous dirige vers Itunes par exemple. Que vous soyez riche ou pauvre il faut payer un euro pour une chanson. Cet euro est repartit entre de nombreux requins et au final l’artiste touchera 3c (soit 33 fois moins que sur l’exemple précédent pour le même investissement de départ!). Vous ne pourrez pas graver de CD à cause des protections anti copies. Vous ne pourrez écouter la chanson que sur un Ipod, légitimé par un budget publicitaire colossal.
Bien sur, les pubs ne précisent pas que ces objets sont fabriqués par un village de 20000 chinoises (plus dociles que les hommes) qui ne quittent même pas leur usine pour dormir. Une fois démodés, les anciens Ipods sont démontés par des Indiennes qui travaillent les mains dans l’acide. J’y pense parfois en croisant des jeunes consommateurs dociles avec le casque au oreilles dans les transports, certains écoutent même du punk.

Si vous donnez 6 centimes direct à un artiste pour une chanson c’est 2 fois plus que ce qu’il recevrai via un site de vente en ligne comme itunes alors que la chanson coute 1 euros !!

On commence à s’approcher de tels systèmes de dons sur le net avec Paypal par exemple (mais c’est pas la panacée car Paypal prélève 56c à chaque transaction). Ainsi des artistes pourront se retrouver avec du financement direct qu’ils pourraient ensuite décider à leur façon de partager avec leur label, studio…

D’autres groupes vont encore plus loin comme les joliment nommés Bomb The Music Industry.
Ils se refusent à sortir le moindre CD et ont malgré tout 4 albums sur internet (ils demandent simplement aux gens qui viennent à leurs concerts d’apporter un CD vierge pour qu’ils leur gravent toutes leur chansons). Aussi ils n’ont strictement rien à vendre, ils apportent juste des feutres et des bombes pour décorer les T-Shirts blancs qu’on leur apporte ! Comment font ils alors ? Ils comptent sur des êtres humains et pas sur des consommateurs, ils ont ce mot sur leur site :
FEED THE MUSIC INDUSTRY!
The catch? Yeah. By not selling merch we SERIOUSLY cut into our ability to eat, drink and sleep on tour. Being that these are functions deemed necessary by the « FDA » and our « FRIENDS », we ask for a little bit of help. If you can let us crash at your house, that’d be dope. If you work at a restaurant or like bringing food to shows, bring us some food. If you are desperately lonely and itching to drink with someone besides yourself, buy us a drink. For real, ya’ll, we’re poor. We’re not making much. Help us out and we’ll be able to continue posting all of our songs for free. It’s called a SCENE, you guys. Check out MYSPACE IF YOU DON’T UNDERSTAND.

Le monde est tel qu’il est à cause de la façon dont on dépense notre argent. C’est cette prise de conscience que la pub combat férocement en deresponsabilisant les gens.
Vous voulez créer des emplois, c’est facile il suffit de fuir tout ce qui est gros pour le local, on connait l’exemple de la grande distribution qui a tué tout les commerces de proximités (3 emplois de villages détruit pour un emploi créé dans un supermarché en banlieue).

La musique, les livres, les vêtements, tout est pareil, acheter un CD à une major c’est lui donner les moyens démesurés qu’elle possède pour continuer à imposer des produits à un public gavé de pubs.

Bref dans notre cas nous mettons nos chansons en ligne gratuitement, on vend malgré cela pas mal de CD a prix libre à nos concerts et avec l’argent on grave ou presse simplement d’autres CD et on paye péage et essence pour partir en tournée ! Nous on a des boulots mais c’est pas le cas de pleins de groupes que vous croisez sur le net ou les concerts, beaucoup ne veulent pas réussir mais simplement vivre de leur passion et ça ça dépend de nous tous !
Soyons solidaires !

« Nous sommes des sauvages… »

Mardi 4 décembre 2007

Je reprends ici un article intéressant de Joseph Paris de Ralamax.

Nous sommes des sauvages…

Le patron de la fnac rend son rapport, les Majors signent, le chef de l’Etat prophétise « l’avènement d’un Internet civilisé »… bienvenue au Far Ouest !

Denis Olivennes, patron de la Fnac a été chargé par Nicolas Sarkozy de rendre un rapport sur l’inévitable problème du téléchargement d’œuvres sur Internet.

Nous ne nous attendions évidemment pas à ce que le rendu de ce rapport soit autre chose qu’une tentative de plus pour défendre les intérêts des Majors (La Fnac étant une filiale du groupe PPR – Printemps Pinault Redoute) ; le belliqueux rapport (pdf) se traduit par un accord signé et applaudit par les Majors.

C’est avec ce vocabulaire coutumier du personnage que Nicolas Sarkozy a tenu un discours devant le monde de la culture et des télécoms : « trou noir », « clonage », « assécher », « engloutir », « ruine », « destruction » en sont des mots choisis.

Au delà d’une « véritable destruction », l’homme de main des Majors ne peut s’empêcher d’y voir une « négation du travail » : c’est d’une ironie particulièrement malsaine dans une industrie dont le fondement même ignore les artistes et pille leurs ressources (le protocole de répartition des droits de la Sacem, par exemple, est ostensiblement favorable aux sociétaires coutumiers du Top 50)…

N’ayant pas peur de radoter, Sarkozy attribue au thème du téléchargement illégal la même dialectique que celle qu’il réservait à l’immigration ou à la délinquance : « Pourquoi le citoyen ordinaire, habituellement respectueux de la loi, préférait s’approvisionner dans des entrepôts clandestins » dit-il, tout en parlant de « comportements moyenâgeux » et de « vol à l’étalage« …

Mais là n’est pas plus grave, parfois celui qui exerce le pouvoir est porté à croire que cette position le dispense du minimum d’élégance et de courtoisie, nous pourrions pour cette fois lui pardonner cette faute de goût si cela ne s’accompagnait pas d’une flagrante prétention à donner des leçons de civilisation.

Dans la triste histoire de la France il y a la colonisation. N’ayant pas peur des mots (et c’est un comble), Nicolas Sarkozy dit saluer dans cet accord un « moment décisif pour l’avènement d’un Internet civilisé« , ainsi « la France va retrouver une position de pays « leader » dans la campagne de « civilisation » des nouveaux réseaux  » dit-il avant de conclure manquant de s’étrangler de démagogie : « Il faut qu’Internet soit une fenêtre civilisée ouverte sur toutes les cultures du monde ».

Sarkozy veut donc « civiliser » Internet, dénonçant « un « Far Ouest » high-tech, une zone de non droit où des « hors-la-loi » peuvent piller sans réserve ».

Il serait pourtant bien inspiré de s’appliquer à lui même cette métaphore : en effet, le rapport commandé par sa Majesté qui sera suivit d’un texte de loi prévoit de donner à certains l’autorité de faire justice eux-mêmes (envois d’emails de menace, suspension de l’abonnement internet…).

Faire justice soi-même… C’est bien là une pratique précisément non-civilisée qui avait lieu commun au Far Ouest…

Cet évènement est donc une bien triste nouvelle pour les artistes et les internautes.
Il y a des initiatives telles que celles de Dogmazic et Boxson pour la musique libre, InLibroVeritas pour la littérature, et Ralamax Prod pour le cinéma libre qui offrent aujourd’hui dans l’art libre une sortie crise évidente et naturelle. C’est sans surprise que le rapport Olivennes écarte cette solution : quand on dirige la Fnac et qu’on publie « la gratuité c’est le vol », il ne faut pas s’attendre à des éclairs de bon sens… (le malheureux Proudhon doit se retourner dans sa tombe..)

A propos de civilisation une question subsiste : doit-on considérer les artistes libres comme des sauvages parce qu’il encouragent le téléchargement et la copie légale de leurs oeuvres ?

Comme au Far Ouest, les sauvages véritables sont bien souvent ceux qui se prétendent civilisés..

Joseph Paris.

Copyleft : article sous licence Art Libre

Sources :

Le discours complet de Nicolas Sarkozy

L’accord Olivennes (PDF)

La liste des signataires

Universal Edition = La culture qui paye pas c’est de la merde à éradiquer

Mardi 23 octobre 2007

Résumons sous un titre non pas violent mais simplement éloquent la nouvelle attaque des marchands à front de taureau contre la culture : le site IMSLP International Music Score Library Project qui propose plusieurs milliers de partitions du domaine public selon la loi canadienne moins restrictive que les lois européennes (50 ans après le décès du compositeur) a reçu des lettres de menace d’Universal Edition. Or on peut les télécharger depuis d’autres pays (cela s’appelle internet) et donc, le site est fermé.
Quelle grande victoire pour la culture, heureusement ainsi protégée, quelle grande victoire pour Universal Edition, « universel protecteur des arts ». Pouahh…

L’habituel choeur des vierges effarouchées, petites mains sans vergogne du flouze caïd mondial se récrieront « - mais comment, c’est normal, il faut bien rémunérer gna gna gna… » Taratata, il s’agit ici d’oeuvres du domaine public, plus guère rentables de l’aveu même de ceux qui détiennent les droits (lire infra), et ne veulent se fatiguer à rééditer, mais ne sauraient tolérer qu’accès soit offert sans graisser leurs fainéantes pattes.

Cela rappelle la pertinence de l’initiative eldred.cc, lancée par des défenseurs du domaine public, des biens communs, de la culture, dans les années 2002-2003 : il s’agissait – il s’agit toujours – de « sauver les oeuvres orphelines », c’est-à-dire, les oeuvres dont les ayant-droits n’ont plus que faire, se foutent, en fait, car ça ne paye plus.
Or donc, argumentaient Eric Eldred et ses compagnons, instaurons un processus simple : quand une oeuvre tombe ou va tomber dans le domaine public, si l’ayant-droit le juge de son intérêt, qu’il paye donc 1 dollar – oui : 1 dollar – pour prolonger la durée de ses droits. Sinon, preuve étant administrée par l’ayant-droit lui-même que l’oeuvre désormais lui indiffère, qu’elle soit versée au domaine public, pour que les amoureux de cette oeuvre puissent continuer à lui donner le soin qu’elle mérite, et qu’eux savent bien lui donner.
Mais non. L’affaire ne fut pas gagnée. Contexte Sonny Bono Act, les gros sous de Mickey, j’en passe, etc. On connaît la chanson.

Et voici donc le nouveau cas (merci à Xorios qui nous relaie ce message de chris28 sur Framagora) :

« IMSLP International Music Score Library Project qui propose plusieurs milliers de partitions du domaine public selon la loi canadienne moins restrictive que les lois européennes (50 ans après le décès du compositeur) a reçu des lettres de menace d’Universal Edition. Les partitions proposées étant téléchargeables à partir de pays où elles sont encore protégées. UE demande un filtrage des adresses IP ou la fermeture du site. Malgré le soutien des nombreux utilisateurs (universitaires, compositeurs, simple musiciens …) le site est actuellement fermé. Des propositions de reprise sont lancées notamment par le parti pirate suédois en espérant que toute la richesse d’IMSLPF puisse survivre.

Il est d’autant plus rageant que certains éditeurs possédant les droits sur des oeuvres ne les publient pas ou alors à des prix exorbitants. Un ami mexicain me racontait que beaucoup des superbes pièces pour piano de Manuel Ponce étaient introuvables car l’éditeur américain possédant les droits ne trouvait pas assez rentable de les publier. Appréciant beaucoup la musique de Louis Vierne (1870-1937), j’ai essayé de me procurer ses Préludes, Nocturnes et Solitude pour Piano mais ce n’est vraiment pas évident, il faut s’adresser directement à l’éditeur : les partitions sont parfois épuisées ou tout simplement introuvables en France (comme les Préludes). Finalement j’ai pu télécharger toutes ses oeuvres sur la page consacrée à Louis Vierne sur IMSLPF avant sa fermeture. Un projet comme IMSLPF doit être soutenu, il s’agit de protection du patrimoine musical mondial. Qui jouera du Vierne ou du Ponce si leurs oeuvres ne sont plus publiées ?

Forum d’IMSLPF : http://imslpforums.org/viewforum.php?f=1 »

Edit 24.0ct. : cicelle (comment. #7) apporte une précision : aucun lien direct entre Universal Edition A.G., l’édteur en question, et Vivendi Universal. Universal Edition n’est pas un département de VU. les relations existent cependant, par ex. Ricordi, le partenaire italien de UE A.G., est propriété de VU. mais bon : dont acte.

1000 jours de musique libre

Samedi 20 octobre 2007

Mille jours d’existence pour l’archive de musique libre de dogmazic.

logo Musique-libre.orgA l’époque, les Creative Commons n’étaient pas encore lancées en France et nous étions les seuls a consacrer une plate-forme à la musique en licence libre. Le site s’appelait musique-libre.org.
Depuis de nombreux acteurs ont vu le jour pour contribuer à l’essor de ce qui est devenu un véritable mouvement.

Longs débats avec la communauté du logiciel libre au sein de laquelle l’enthousiasme n’était pas unanime. Libres, pas très libres, nous parlons désormais de musique en licences ouvertes, montrant que l’ouverture ou la liberté accordée sont variables d’une licence à l’autre.

Au départ, il nous avait été bien difficile de rassembler quelques dizaines de titres à proposer sur notre site.
Quelques artistes toujours actifs sur dogmazic s’en souviennent encore.
Désormais, jusqu’à 200 000 écoutes et téléchargements sont effectués quotidiennement, plus de 16000 titres sont disponibles.

Les inscriptions de morceaux sur dogmazic

Ces 33 mois ont été denses, riches en rencontres, réelles et virtuelles, en débats passionnants et animés, et surtout une masse énorme de travail bénévole aujourd’hui déployée par une quinzaine de personnes, toujours dans l’urgence, avec les moyens ridicules que vous connaissez.
Nous étions trois au début de l’aventure, basés à Bordeaux. L’été suivant, le site a pris de l’assurance avec l’arrivée d’un programmeur digne de ce nom dont l’efficacité continue de nous épater : xulops. Deux excellentes recrues ont rejoint l’équipe en même temps : Christophe, dont le professionalisme a fait, par exemple, que la borne Automazic voit le jour, et Didier dont le dynamisme et l’enthousiasme sans faille a toujours permis de recadrer les débats et d’avancer.
Nous avons été rejoints ensuite par Edised, Marcovitch, Blacknose, Mpop, Aisyk, Julien, Pelf, qui ont su trouver leur place et chacun apporter énormément dans différents travaux, et le meilleur reste à venir.

Cette archive va aujourd’hui être disponible au sein des médiathèques et qui sait, plus tard dans d’autres lieux publics.
L’intérêt des médiathèques pour Automazic démontre une véritable reconnaissance de l’alternative que nous prônons depuis tant d’années. C’est assurer un peu plus la culture pour tous et par tous.

Quant à Pragmazic, il vise à structurer le secteur de la musique en licence ouverte. Car rappelons qu’un label est avant tout un soutien moral, artistique et logistique pour l’artiste. Nous espérons que Pragmazic contribuera à démontrer qu’un modèle juste est possible dans la distribution commerciale de la musique.

Nous avons le sentiment de ne jamais avoir trahi la mission que nous nous sommes fixée par l’objet de l’association Musique libre ! :

  • Soutenir & promouvoir la création & l’exploitation musicale indépendante dans le cadre des licences libres.
  • Militer pour la gestion individuelle des droits d’auteur auprès des sociétés civiles, organisateurs de spectacle, labels & diffuseurs.
  • Informer les artistes & le public sur les modes émergents de diffusion & d’exploitation des œuvres musicales à l’ère numérique & sur l’économie qui en découle.

Les mois et années qui viennent risquent de demander toujours plus de travail,
nous rappelons à tous que nous sommes éternellement à la recherche de développeurs, de graphistes, de rédacteurs, et de toute âme qui se sentirait un rôle dans ce projet.

Merci à tous de participer en tant que mélomane ou en tant qu’artiste au succès de cette aventure.

Un merci particulier à tous les généreux donateurs qui contribuent par leur générosité à maintenir dogmazic.net en vie.

Concert LIBRE Chamelier GNU V – Montâgne – Anthurus d’Archer – Genbaku Orchestra – LE MANS (72)

Mercredi 17 octobre 2007
L’AMMD présente :

AVEC :

MONTAGNE
Les Princes des hauteurs orgasmisques

Composé des membres de la compagnie des musiques à ouïr, de Melosolex ou du sacre du tympan, ayant notamment joué avec Arthur H., Brigitte Fontaine, andré Minvielle…, ce collectif trio (!) enchaîne les performances, les morceaux de love punk énervés, les chorégraphies virtuoses, les acrobaties maladroites, les séquences vidéos sophistiquées, le théâtre naïf, la Air Music… Une fable écologique et torses nus !

http://oreille.interne.free.fr/spip.php?article6

ANTHURUS D’ARCHER
Les amours bohêmes torturées

Anthurus ne craint pas la technologie, aime envoyer le pâté sur scène, et parce que ses membres jouent assis, sans batterie, des morceaux grotesques et souvent sarcastiques, basés sur le gipsy jazz, Anthurus est le seul groupe de manouche métal au monde ! Anthurus, sans complexe, a déjà ouvert Dilligner Escape Plan et contient des membres du Big Band de Marc Ducret, du Nasal Retentive Orchestra, ou encore de Klone.

http://www.myspace.com/anthurus
http://anthurus.free.fr/

GENBAKU ORCHESTRA
Le souffle de l’explosion sentimentale

littéralement l’Orchestre Atomique, Genbaku Orchestra est un collectif d’improvisation dirigée avec les mains et tout ce qui y ressemble dans une certaine mesure, avec ou sans ongle. Genbaku Orchestra est protéïforme, mais sera 17 le 19. Genbaku Orchestra a enchaîné d’une traite une prestation remarquée à l’Europa Jazz Festival 2007

http://www.myspace.com/collectifgenbaku
http://hunbroud.spaces.live.com/
  • Bonus

Bornes de téléchargement d’Arts Libres – Stands Associatifs – Consommations biologique et locales…

  • Entrée Libre – Sortie au chapeau

L’argent ne doit pas être une limite d’accès à la culture, chacun(e) est invité(e) à faire don de la somme de son choix afin de contribuer aux frais d’organisation

  • Arts Libres

Les oeuvres diffusées et/ou exposées au cours de cette soirée sont déposées sous des licences libres, libérant ainsi les spectateur(trice)s en leur donnant des droits, outre l’écoute (enregistrement, copie, diffusion, etc.). Plus d’infos sur les stands sur place.

Orga : AMMD ( infos@ammd.net, info-line : 095 234 72 48 )

Web-radios, des accords et des prix.

Mercredi 26 septembre 2007

Une actualité très chargée en ce moment, le monde de la musique bouge sur internet.

Pour créer une web-radio avec des titres Sacem, il vous faut des autorisations des sociétés de gestion. Outre la Sacem (droit d’auteur), il vous faut aussi contracter avec les sociétés de gestion de droits des producteurs et interprètes (droits voisins). Lors des débats sur la loi DADVSI, un amendement refusé voulait étendre le système dit de « licence légale » appliqué aujourd’hui aux radio hertziennes et aux tv, aux web-radios.

La licence légale est un système de forfait annuel permettant à une radio hertzienne ou une chaîne tv de diffuser, moyennant finances, les musiques illustrant leurs reportages, leurs émissions, leurs programmations.

Ainsi, tous les sites internet voulant diffuser de la musique gérée par la Sacem doivent contracter avec la Sacem et les sociétés de gestion des droits voisins (producteurs / interprètes). Les cas de non autorisation sont nombreux, le plus célèbre étant celui de Deezer, ancien BlogMuzik, qui n’avait pas d’autorisation des producteurs pour l’ouverture de son service de musique streamée. Selon nos informations, le site est toujours dans l’illégalité puisqu’aucun accord a été conclu avec les sociétés de gestion de droit.

Le 15 septembre donc, des accords ont été annoncés entre Technopol et les sociétés de gestion collective des droits de producteurs de phonogrammes, la SCPP (Société Civile des Producteurs Phonographiques) et la SPPF (Société Civile des Producteurs de Phonogrammes en France). Ces accords ne concernent que les web-radios diffusant des musiques électroniques.

Reste des accords plus larges à conclure pour les différents acteurs.

Après les accords conclus entre les sociétés de producteurs et France-Webradios, la Sacem et et cette dernière (l’Association Nationale des Web-radios) sont parvenues à un nouvel engagement sur les contrats type et les rémunérations prévues.

Extrait :

Par cet accord, les webradios associatives pourront diffuser sur leur site Internet les oeuvres du répertoire de la SACEM, pour leur activité d’écoute en flux continu.

Par cette signature, les auteurs, compositeurs et éditeurs de musique dont les oeuvres diffusées par des webradios associatives seront rémunérés à hauteur de 6% de l’ensemble des recettes avec pour toute webradio dont :
- le budget annuel est inférieur à 20.000€, un minimum de 60€ par mois pour les trois premiers canaux de diffusion,
- le budget annuel est inférieur à 40.000€, un minimum de 120€ par mois pour les trois premiers canaux de diffusion.

Cet accord remplace le contrat précédemment mis en place par la SACEM.

Grille tarifaire

A ces sommes s’ajoutent donc les tarifs négociés avec les producteurs (qui sont à peu près les mêmes que ceux négociés par Technopol, le lien sur le site officiel du SCPP n’étant plus valide), soit : 240€ HT (pour la SCPP) + 120€ HT (pour la SCPF) par an.

Comptez bien, avec les 720€ HT ça nous donne un total de …. roulement de tambours…. 1080€ HT par an pour enrichir Zazie, P.Nègre et leurs copains ! Tout cela reste encore bien cher pour un modeste site perso qui veut se faire sa petite playliste.

radio canard

un exemple de radio canard…

Heureusement qu’avec les modules playlistes de Dogmazic, vous pouvez créer vous-même une liste de musiques, puis la partager avec vos amis, leur envoyer par mail, la publier sur la radio et reprendre les podcast sur vos sites !

Sources : SCPP, Les Catalyseurs Numériques, France-Webradios, Technopol, PC-Inpact, Radio-canard, Et un grand merci à leto_2 du forum Framasoft.

« Cherchez l’erreur »…

Vendredi 21 septembre 2007

Ce bref billet de Philippe Aigrain, que nous remercions, débusque « l’erreur » dans les chiffres et communiqués de l’industrie du disque. Oh, rien de sorcier, il suffit de mettre en rapport ces chiffres, la « vérité » annoncée se vautrera alors comme baudruche mal fardée : l’erreur est-elle alors la signature reconnaissable d’une faillite stratégique…

Dans la longue série des annonces de chiffres accompagnées d’appels à frapper plus fort les partageurs de fichiers, le SNEP annonce un effondrement de 17% des ventes de disques (en CA) au 1er semestre 2007. Le même document vous apprend que les ventes de disques au détail n’ont baissé que de 8%. Ne croyez pas que c’est que les marges des détaillants se redressent, c’est tout simplement que le premier chiffre n’intègre que les ventes des majors membres du SNEP. Pourquoi ces ventes baissent-elles bien plus vite ? Cherchez plus bas : les majors n’ont commercialisé que 631 albums pendant ce premier semestre, soit un rythme annuel de 1262 à comparer aux 1611 de 2005 et 3200 de 2003.

Voilà donc des acteurs industriels qui annoncent avoir réduit de près d’un facteur 3 en 4 ans leur offre tout en perdant dans la même période 40% de leur chiffre d’affaires. Des esprits mal tournés pourraient souligner que leur chiffre d’affaires par album est passé de 0,31 M€ à 0,41 M€ en 4 ans. Rishab Ghosh a expliqué dans un article essentiel, que la valeur des créations réside dans l’existence de chaque oeuvre, alors que la valeur d’une copie supplémentaire d’information est nulle. Voilà donc quelques acteurs qui fournissent à la société une valeur (culturelle) réduite de plus de 60% mais compensent sur le plan de la capture de valeur économique par la concentration accrue de la promotion sur chaque titre.

N’en déduisons pas que la production d’enregistrements musicaux n’est pas en crise : elle a bel et bien besoin de nouveaux mécanismes de financement, notamment par les mécanismes de mutualisation entre auditeurs et offre musicale. Mais l’un des plus graves problèmes auxquels l’industrie musicale fait face, c’est l’existence en son sein de modèles commerciaux prédateurs qui préférent entraîner dans leur chute les autres acteurs plutôt que d’affronter le monde de la diversité.


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